Droits de l’homme

Protéger les droits des employées de maison... en attendant la loi

Le recrutement illégal de la main-d’œuvre migrante encourage le trafic humain et favorise les violations des droits des employées de maison.

Comment mieux protéger les droits de la main-d’œuvre migrante ? La question continuera de se poser tant que les autorités libanaises n’auront pas mis en place une loi protégeant les employées de maison ou qu’elles n’auront pas inclus le travail domestique dans le code libanais du travail. C’est dans cet objectif que l’Organisation internationale du travail (OIT) a organisé hier une matinée de dialogue avec les membres des missions diplomatiques de pays exportateurs de main-d’œuvre au Liban, à savoir, les Philippines, l’Indonésie, le Soudan et l’Égypte. Une initiative qui se situe dans le cadre du projet « Promouvoir les droits des travailleurs migrants domestiques », financé par l’Union européenne et par l’Agence suisse pour le développement et la coopération.
C’est sur le processus de recrutement des employées de maison depuis le Liban et dans les pays d’origine qu’a d’abord été orientée la discussion. Azfar Khan, spécialiste des migrations à l’OIT, a montré du doigt aussi bien le Liban que les pays exportateurs de la main-d’œuvre domestique, qui s’accusent mutuellement de recrutement sauvage, sans pour autant chercher à stopper ce processus. « Ils sont tous les deux complices », a-t-il souligné. D’autant que ces pratiques favorisent la migration sauvage, voire le trafic humain, de même que le travail forcé. Il a toutefois indiqué que « le problème commence au pays d’origine, où les femmes migrantes sont souvent recrutées par des agences illégales, selon des processus irréguliers, plutôt que par des agences certifiées. Ce qui permet d’accélérer leur arrivée », a-t-il indiqué.

Promouvoir le recrutement régulier
Pour les agences, peu regardantes sur les qualifications et les exigences de cette main-d’œuvre pauvre et désespérée, désireuse de se faire recruter à tout prix, les coûts sont moindres et les profits plus élevés. Pour les employées de maison, qui n’ont d’autre choix que de payer ces agences pour se faire embaucher, « les risques liés aux violations de leurs droits sont plus élevés ». « C’est la raison pour laquelle il est impératif de promouvoir l’émigration régulière », a noté M. Khan. Et de préciser que « le recrutement légal préserve mieux les droits des employées de maison ». Il présente aussi « des coûts moins élevés pour les travailleuses et pour les employeurs, sans oublier que les risques de déception, de part et d’autre, sont moins importants ».
Le représentant de l’ambassade des Philippines, Dennis Briones, a observé à ce propos que depuis l’interdiction faite aux employées de maison philippines de venir travailler au Liban en 2007, l’émigration vers le Liban a augmenté. « Malgré cette interdiction, le nombre d’employées de maison philippines au Liban a atteint 34 720 », a-t-il déploré. Il n’a pas manqué de dénoncer le trafic illégal d’employées philippines entre le Liban et la Syrie. Des propos confirmés par le deuxième secrétaire de l’ambassade d’Indonésie, M. Karyasentika, qui a observé que « 20 à 25 ressortissantes indonésiennes entrent illégalement chaque mois en Syrie pour y travailler comme employées de maison ».
Les participants ont ensuite abordé la question des plaintes présentées par les travailleuses domestiques migrantes à leurs ambassades, et le processus d’assistance mis en place par les missions diplomatiques. M. Briones a expliqué les mesures prises par son ambassade et par les autorités philippines pour traiter les cas problématiques. « Chaque jour, entre 5 et 10 employées de maison philippines nous adressent des demandes d’assistance », a-t-il affirmé. Quant à la nature des plaintes, elle peut tout aussi bien porter sur la nourriture ou la mauvaise adaptation, que sur la maltraitance ou autre. « Quoi qu’il en soit, nous n’encourageons pas les employées de maison à prendre la fuite, a-t-il assuré, mais tentons de dialoguer avec l’employeur pour améliorer les conditions de travail de son employée domestique, ou de faire les choses légalement, avec le soutien des autorités libanaises ». De son côté, l’OIT a proposé aux ambassades un formulaire unifié de plaintes, susceptible de servir à l’élaboration d’une étude ultérieure. Affaire à suivre.
Seul hic de cette rencontre, qui a vu la participation du directeur régional adjoint de l’OIT, Franck Hageman, l’absence remarquée d’acteurs essentiels dans ce processus, à savoir les représentants diplomatiques d’Éthiopie, de Madagascar, du Bangladesh et du Sri Lanka, pays fournisseurs d’une grande partie de la main-d’œuvre domestique au Liban.

 

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