Écoles et mosquées ont servi de refuge temporaire à des milliers de personnes en Birmanie. Soe Than Win/AFP
Thein Sein, ex-Premier ministre de la junte devenu chef de l’État, est crédité du puissant mouvement qui, sans effusion de sang, a permis la libération de centaines de prisonniers politiques, la fin de la censure et l’entrée au Parlement de l’opposante Aung San Suu Kyi. Lundi, il sera le premier dirigeant birman en visite officielle à Washington depuis la rencontre entre Ne Win et Lyndon Johnson, en 1966. Après la venue d’Obama à Rangoun en novembre et la levée de certaines sanctions, il concrétise le spectaculaire réchauffement des relations bilatérales. « La relation entre les deux pays s’est améliorée aussi vite parce qu’une confiance mutuelle s’est construite en très peu de temps », s’est réjoui Zaw Htay, saluant un « tournant historique ». La visite « révèle au monde que le président américain Obama et les États-Unis soutiennent (...) le processus de réformes ». Le séjour de Thein Sein promet d’être compliqué après les violences déplorées en 2012 contre la minorité musulmane apatride des Rohingyas, qui ont fait quelque 200 morts. D’autres incidents contre des musulmans birmans ont fait plus de 40 morts dans le centre du pays cette année. « Les États-Unis s’inquiètent de la solidité des étapes franchies par notre pays vers la démocratie, a admis Zaw Htay. Le président lui-même a fermement déclaré que nous ne retournerions jamais en arrière. »
La visite n’aura pourtant pas qu’un impact international. L’ex-général joue gros sur le plan intérieur, en démontrant que l’ère d’une Birmanie au ban des nations est belle et bien révolue et en s’affirmant vis-à-vis de l’armée et des éléments du pouvoir les plus sceptiques. « Ce voyage apporte un soutien fort au processus de réformes (...), y compris à Aung San Suu Kyi, aux présidents des assemblées, partis politiques, dirigeants des minorités ethniques, à la société civile et au peuple, a relevé Zaw Htay. Ce type de soutien fort va pousser le président à avancer. » Aucun détail n’a été communiqué sur le programme, si ce n’est le sommet de lundi et des discours de Thein Sein devant la Chambre de commerce américaine et à l’université John Hopkins. Mais les discussions porteront certainement sur le soutien concret qu’Obama entend fournir au nouveau régime. « Beaucoup d’assistance peut être apportée en matière de sécurité, règle de droit, éducation, santé, et réduction de la pauvreté, a expliqué Zaw Htay. Nous espérons que ces questions pourront être discutées et mises en œuvre. »
Dans ce contexte, la présidence a annoncé la libération de plus de 20 prisonniers politiques, tout en niant tout lien entre cette amnistie et le voyage présidentiel. La révision du statut des prisonniers politiques est un « processus en cours », a-t-elle assuré.
Cyclone Mahasen
Sur un tout autre plan, la Birmanie mais aussi le Bangladesh se relevaient hier du passage du cyclone Mahasen, qui a provoqué la mort de 46 personnes et endommagé des milliers d’habitations le long des côtes, en se déclarant soulagés que les dégâts ne soient pas plus importants. Le cyclone, qui a balayé les côtes avec des vents atteignant 100 km/h, a tué 15 Bangladais et provoqué la mort de 31 membres de la minorité musulmane apatride des Rohingyas partis de Birmanie, portés disparus après le naufrage de leur embarcation lundi, alors qu’ils tentaient de fuir le cyclone annoncé.
Mais en Birmanie comme au Bangladesh, deux pays qui savent parfaitement ce que peut représenter la violence d’un cyclone après plusieurs précédents dévastateurs, l’heure était plutôt au soulagement. Le Premier ministre du Bangladesh, Mme Sheikh Hasina, a « exprimé sa gratitude au Tout-Puissant » au lendemain de Mahasen et demandé hier à la population de ce pays à majorité musulmane « d’adresser des prières de reconnaissance », a dit sa porte-parole, Abul Kalam Azad.
En Birmanie, les médias gouvernementaux ont affirmé que 70 000 personnes avaient été évacuées de leurs camps et de villages dans l’État Rakhine, proche de la frontière. Mais la situation est très tendue dans la région après des affrontements entre bouddhistes de l’ethnie rakhine et rohingyas qui avaient fait environ 200 morts en 2012. L’État rakhine compte actuellement quelque 140 000 déplacés, entassés dans des camps dans des conditions déplorables. Les évacuations se sont donc heurtées à une grande résistance, dans un climat de défiance vis-à-vis des forces de l’ordre. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la bonne préparation des deux pays a permis d’éviter un plus lourd bilan. « Si ce cyclone avait eu lieu il y a vingt ans, il y aurait peut-être eu des milliers de morts. Aujourd’hui, les habitants sont déjà en train de quitter les abris anticycloniques pour revenir chez eux », a souligné Brian Kelly, conseiller pour l’Asie-Pacifique de l’OIM. Abaissé depuis au rang de dépression tropicale, Mahasen se dirigeait désormais vers l’Inde, mais les autorités écartaient le risque de graves dégâts.
(Source : AFP)

