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Culture - Théâtre

Un Petit Prince d’Orient pour un conte bleu

Sur les planches du théâtre Gulbenkian, les étudiants de la LAU ont présenté « Sika barazek », un texte de Raafat Majzoub dans une mise en scène de Lina Abiad. Dans une atmosphère de conte bleu, un garçonnet et des animaux conversent en toute candeur pour apprivoiser la vie. Charmant*.

Une pièce d’une décapante fraîcheur. Photo Sami Ayad

Dans un décor de livre d’images naïves, en carton-pâte et panneaux peints, une forêt, une lune, une cuisine d’une grand-mère un peu fantasque qui n’a pas renoncé à la musique et à la danse. Magie du théâtre et de l’enfance sous la lumière d’une multitude de lampions chinois en papier et bout de fil en fer accrochés au plafond de la salle.
Au bout de la scène, la fée-lune, comme échappée au film Peau d’âne de Demy, veille sur le sommeil d’un garçonnet sagement recroquevillé dans son petit lit. Un Petit Prince aux culottes courtes, à la chemisette kaki et à la frange rebelle, qui répond au doux prénom de Jamal. Il voudrait connaître et expérimenter la vie.
Comme dans un songe imprévisible, l’enfant va parcourir les espaces verts de la forêt et y croiser d’innombrables bêtes. Des plus petites et inoffensives aux plus grosses et méchantes. Les histoires s’emboîtent comme des poupées gigognes, et à chaque rencontre sa leçon de sagesse, d’affection et d’amitié.
Bien sûr, un certain esprit de Saint-Exupéry plane sur ces dialogues simples, amusants et si instructifs sur le comportement humain et les interrogations de la prime enfance. Car finalement, c’est bien l’enfance qui révèle la maturité de l’homme.
Dès le coucher du soleil, les rêves se concrétisent et l’enfant qui caresse l’espoir d’avoir comme cadeau un chien ou un chat blanc plonge dans un monde onirique merveilleux. Viennent à sa rencontre une hirondelle gourmande, un petit merle noir désemparé, un serpent qui ronfle avec ses anneaux, un ver à soie luminescent, des nains effrayés par les pommes, un crocodile guère vorace.
Ronde-prétexte pour revisiter les contes (bonjour Blanche-Neige) et surtout établir les rapports humains comme une fable de La Fontaine où les loups et les ours parlent autant que les courtisans et les monarques.
Dans une langue arabe courante, simple, poétique, imagée et gentiment truffée d’humour, le petit Jamal exprime délicieusement ses angoisses et ses tentatives d’appréhender le monde et les autres. Savoureuse leçon de vie en croquant allègrement des «Sika barazek» (ces petites galettes sucrées damascènes aux graines de sésame) que la grand-mère, avec cœur et un sens accentué de la musique (une grappe d’accord au oud!), confectionne paisiblement et gaiement dans ses fourneaux.
Pour feuilleter les différents épisodes de ce livre d’images, l’ingénieuse et efficace mise en scène de Lina Abiad. Avec des accessoires et des costumes de scène qui contribuent à renforcer la crédibilité des jeunes acteurs, tous parfaitement dirigés et dans le ton de leur personnage enchanteur.
Excellent point à Hana Fakhoury pour ce décor aéré et féerique ainsi que ces costumes gracieux et seyants. Notamment ces sept nains en rouge vif avec tarbouche conique comme des derviches tourneurs, cette voix de l’arbre à la robe couleur d’écorce de chêne, au froufrou de la soie des habits d’une grand-mère à l’allure de princesse guère touchée par l’outrage du temps. Un grand bravo toujours à Hana Fakhoury pour ses animaux comme échappés d’un zoo où carton dur et fluide et confection savante ont le vent en poupe. Un serpent qui ondoie comme un accordéon, un crocodile qui joue de la gueule et de la queue, un merle au plumage luisant, une cigogne au bec aussi long que des échasses et un ver d’une luisance à susciter la jalousie des lucioles les plus coquets. Tout cela doté d’un immense sens de l’humour et d’un pouvoir comique certain, sans omettre de garder un brin de férocité dans l’essence de l’état bestial animalier.
Écouter petit Jamal s’interroger sur la vie et tenter de domestiquer son petit monde (et vice versa, car même le croco veut faire copain-copain avec le petit Jamal !) est un régal d’innocence.
Une pièce d’une décapante fraîcheur, pour petits et grands. À voir avec un regard et une âme d’enfant, en laissant au vestiaire préjugés et préoccupations des adultes désabusés.

*Jusqu’à demain dimanche compris.
Dans un décor de livre d’images naïves, en carton-pâte et panneaux peints, une forêt, une lune, une cuisine d’une grand-mère un peu fantasque qui n’a pas renoncé à la musique et à la danse. Magie du théâtre et de l’enfance sous la lumière d’une multitude de lampions chinois en papier et bout de fil en fer accrochés au plafond de la salle.Au bout de la scène, la fée-lune, comme échappée au film Peau d’âne de Demy, veille sur le sommeil d’un garçonnet sagement recroquevillé dans son petit lit. Un Petit Prince aux culottes courtes, à la chemisette kaki et à la frange rebelle, qui répond au doux prénom de Jamal. Il voudrait connaître et expérimenter la vie. Comme dans un songe imprévisible, l’enfant va parcourir les espaces verts de la forêt et y croiser d’innombrables bêtes. Des plus petites et...
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