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Lifestyle - Cinéma

Drame étouffant et fresque épique à Cannes

Avec « Le Passé » et « A touch of sin », la compétition semble être entrée de plain-pied dans l’intime.

Pendant que « Le Passé » de l’Iranien oscarisé Asghar Farhadi, drame familial étouffant sur les effets dévastateurs des secrets et rancœurs, avec Bérénice Béjo et Tahar Rahim,se faisait ovationner hier, de précieux bijoux Chopard estimés à 1,4 million de dollars ont été dérobés. Mais pas la palme d'or...

Deux nouveaux films ont défendu leurs couleurs hier, en compétition pour la Palme d’or.
D’un côté, Le Passé de l’Iranien oscarisé Asghar Farhadi, drame familial étouffant sur les effets dévastateurs des secrets et rancœurs, porté par des acteurs brillants. Bérénice Béjo, César de la meilleure actrice pour l’inoubliable The Artist et actrice jusqu’ici plutôt connue pour ses rôles dans des comédies, campe devant la caméra puissante du cinéaste iranien une mère de famille dépassée par les événements, apportant puissance et fragilité à son personnage. Face au tourbillon qui règne dans la maison de la banlieue parisienne où se déroule l’essentiel du film, l’acteur iranien Ali Mosaffa apporte un calme impressionnant, celui qui précède la tempête. Quant à Tahar Rahim, révélé à Cannes en 2009 dans Un prophète de Jacques Audiard, film qui lui a valu le César du meilleur acteur, il interprète un homme pris comme dans « des sables mouvants », explique l’acteur au sourire ravageur. « Il a le poids de la vie qui lui colle aux basques. Tout ce qu’il traverse n’est pas simple », poursuit-il. 


Effectivement, Le Passé, qui sortait en outre en salles hier, en même temps que sa présentation cannoise, débute par l’arrivée à Paris, après quatre années de séparation, d’Ahmad (Ali Mossafa) en provenance de Téhéran. À la demande de Marie (Bérénice Béjo), il vient procéder aux formalités du divorce. « On a beau essayer de se libérer de son passé, il ne nous laisse pas », affirme le réalisateur. Ce d’autant que chacun le réécrit « de façon ou plus sombre ou plus édulcorée ». En fait pour lui, « le passé n’est pas plus clair que l’avenir ». Les acteurs ont beaucoup travaillé en amont du tournage avec le réalisateur pour nouer des liens entre eux, poser des questions, savoir où le réalisateur voulait aller, « tel un chorégraphe », selon l’expression de Bérénice Béjo heureuse de se retrouver à Cannes deux ans après le début de l’incroyable aventure du film de Michel Hazanavicius, son compagnon. « C’est vrai que quand on sort d’un film comme The Artist, on espère rencontrer un réalisateur qui vous emmène loin », a-t-elle avoué. « Quand Asghar m’a choisie, j’étais sûre que j’allais vivre une expérience particulière assez forte », a-t-elle ajouté.


 Le Passé est le troisième film d’Asghar Farhadi, formé au théâtre et marqué par l’univers étouffant du Norvégien Henrik Ibsen, où il est question de drames familiaux. « Le choix de la famille comme la base de mes histoires vient du souci que j’ai de me sentir très proche de mes spectateurs. Il n’y a pas d’expérience plus universelle que la famille », soulignait le réalisateur devant la presse à l’issue d’une projection très applaudie. Quant à la relation du couple, « c’est la plus ancestrale qui soit dans l’histoire de l’humanité. Donc même si je passe le restant de mes jours à parler de ce thème, je ne l’aurai pas épuisé ! » a-t-il assuré.


Le second film à avoir fait ses débuts hier est A touch of sin. Un mineur, une masseuse, un travailleur migrant, un assassin itinérant : les quatre personnages du film du Chinois Zia Zhang-Ke composent une fresque épique sur une Chine en plein boom économique, minée par la corruption, la pauvreté et la violence. En compétition officielle à Cannes, le film se décline dans quatre provinces différentes de Chine, entre campagnes tristes et villes champignons. Zia Zhang-Ke explique avoir construit son scénario sur des histoires qui « ont réellement eu lieu ». « Avant dans mes films, je m’attachais plus à relater le quotidien. Dans celui-ci, j’avais envie d’aller plus dans l’extrême. Avec le développement fulgurant de la société chinoise, il y a beaucoup d’exemples de choses qui deviennent extrêmes et qui dit extrême dit violence », souligne le cinéaste.


Quand la bande-annonce du film est apparue il y a quelques jours sur Youku, le YouTube chinois, des internautes ont immédiatement craint la censure en Chine. Jia Zhang-Ke assure le contraire. A touch of sin pourra aussi être vu dans son pays. « J’ai eu l’autorisation avant de venir à Cannes. C’est une bonne nouvelle », a confié le cinéaste dont le film, affirme-t-il, sera présenté non censuré, « dans la même version que celle vue sur la Croisette ». Le réalisateur de 43 ans, qui avait raflé la récompense suprême au Festival de Venise en 2006 pour Still life, mais déjà revenu trois fois bredouille de Cannes, ne pense pas encore à la Palme d’or. « Ce qui m’importe, c’est que ce film soit vu par le maximum de gens dans le monde, faire en sorte qu’il fasse naître des discussions, suscite des réactions. Ce serait le plus grand des bonheurs », a-t-il assuré.
(Source : AFP)

 

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