Le bloc parlementaire du Changement et de la Réforme du général Michel Aoun a ainsi crié au scandale. « Les personnes qui avaient été à l’origine du 13 octobre (1990 – date à laquelle la Syrie avait achevé sa mainmise sur le Liban après avoir lancé une opération militaire d’envergure contre le général Michel Aoun) sont les mêmes qui réalisent aujourd’hui le 15 mai », a ainsi déclaré, fataliste, le député Nabil Nicolas. « Nous vivons aujourd’hui un deuxième 13 octobre, lorsqu’un coup avait été porté à la légalité et à la société chrétienne du Liban. (...) En renonçant à la proposition de loi du Rassemblement orthodoxe, les Forces libanaises ont en fait abandonné la société chrétienne », a-t-il ajouté, en dénonçant « un coup d’État » et « un nouvel exode, mais sous une nouvelle forme, des chrétiens ».
Pour son collègue du même bloc, Ibrahim Kanaan, les FL « ne se sont pas contentées de se retirer de l’unanimité chrétienne (qui s’était formée autour de la proposition de loi, dite orthodoxe) mais ont renoncé à un droit constitutionnel ». Selon lui, le 15 mai « sera une date historique parce qu’elle marque le lancement de la réalisation de la justice et le jour où les masques sont tombés ». Rappelant qu’une majorité s’était formée autour de la loi Ferzli, il a estimé que le revirement des FL « porte un coup à des constantes fondamentales sur lesquelles le Liban repose, notamment la coexistence ». « Il est inadmissible de renoncer aux droits des chrétiens ou des musulmans au Liban ou de les sacrifier », a poursuivi M. Kanaan, en rappelant que « la représentation chrétienne concerne les FL, les Kataëb et le CPL et non pas un seul parti ».
Membre du bureau politique du courant du Futur, l’ancien député Moustapha Allouche a expliqué la réaction hostile aouniste par le fait que « le CPL est dans l’embarras parce que les composantes du 14 Mars, et avec elles le 8 Mars, ont pu s’entendre sur une formule électorale déterminée, alors qu’il avait misé sur des conflits entre elles ». Selon lui, le débat autour de la loi électorale « ne porte pas sur les moyens d’assurer une meilleure représentativité pour les blocs en présence, mais sur les moyens d’assurer à chaque bloc le plus grand nombre de députés ».
Tout en relevant que la proportionnelle « reste le meilleur mode de scrutin, mais qui ne peut être appliqué au Liban en raison du confessionnalisme qui prévaut et des armes illégales aux mains de certaines factions », M. Allouche a estimé que les Libanais auront du mal à comprendre le mode mixte et auront besoin de plusieurs mois pour assimiler son fonctionnement.
Quoi qu’il en soit, pour le 14 Mars , la formule proposée hier au président de la Chambre, Nabih Berry, à savoir l’élection de 68 députés suivant le mode majoritaire et 60 autres sur base de la proportionnelle, doit encore faire l’objet d’un examen « pour parvenir à une loi acceptée par tous ». C’est ce qu’a indiqué le député Ammar Houri, en insistant sur le fait que la loi Ferzli « fait désormais partie du passé » et en rappelant que c’est M. Berry qui avait proposé, le premier, le mode mixte pour le scrutin. Un avis que semble partager le ministre démissionnaire, Mohammad Safadi, qui a également applaudi à la formule mixte, surtout si elle doit préparer le terrain, selon lui, au recours à la proportionnelle à l’avenir. « Il est vrai que la fonction des lois électorales est d’assurer une bonne représentation populaire, mais dans un pays comme le Liban, le besoin se fait sentir de parvenir à des lois qui tiennent compte des exigences de la coexistence, comme la proportionnelle », a-t-il souligné.
Le député Boutros Harb a également insisté sur le thème de la coexistence, en estimant que « la protection des chrétiens et de leurs droits se réalise en évitant les clivages avec les musulmans », avant de relever que le général Aoun propose deux formules contradictoires, soit la loi dite orthodoxe, soit la proportionnelle avec une circonscription unique. Répondant indirectement au chef du CPL, il s’est interrogé sur le point de savoir s’il est « vraiment utile de sacrifier le pays et l’unité nationale pour s’assurer 64 députés au Parlement ».
Son collègue, Ahmad Fatfat, a pour sa part indiqué que les composantes chrétiennes du 14 Mars doivent engager des contacts avec le CPL au sujet de la formule mixte, sans pouvoir cependant dire s’il est possible que ce courant finisse par l’accepter « sachant qu’elle assure une bonne représentation des électeurs ainsi que l’entente nationale ». Il a ajouté que les deux jours à venir seront mis à profit pour multiplier les contacts à ce sujet.
Le bloc Berry est déjà acquis à cette formule. Même le député du Baas, Kassem Hachem, a descendu hier la proposition de loi Ferzli, en affirmant qu’il n’est pas question pour lui de voter en sa faveur et il s’est dit prêt à prendre part aux discussions autour de la formule mixte « pour voir si elle privilégie une partie au détriment de l’autre ».
Et si les différents blocs parlementaires n’arrivent pas à s’entendre sur un même texte, le président de la Chambre inscrira de nouveau la loi Ferzli à l’ordre du jour de la réunion de vendredi, selon le député Ali Khreiss.

