L’exécutif américain a relancé la Russie, protecteur du régime du président syrien Bachar el-Assad, afin de tenter de trouver une solution à un conflit entré dans sa troisième année qui a fait entre 70 000 et 100 000 morts, selon le secrétaire d’État John Kerry, et menace de s’étendre à la région tout entière. Le chef de la diplomatie américaine a rencontré mardi à Moscou le président Vladimir Poutine et son homologue Sergueï Lavrov. La Russie et les États-Unis se sont entendus pour inciter Damas et les rebelles à s’asseoir autour d’une table et ont plaidé pour l’organisation « au plus vite » d’une conférence internationale sur la Syrie. Cette réunion, qui pourrait se tenir fin mai à Genève, relance le processus dit « de Genève » conclu le 30 juin 2012 entre les grandes puissances et qui prévoit l’organisation d’une transition politique en Syrie, sans trancher clairement sur le rôle de M. Assad.
Mais une source diplomatique russe de haut rang a estimé samedi que la tenue de cette conférence « ne sera guère possible d’ici à la fin mai » en raison des « divergences » sur son cadre. Moscou refuse toujours de lâcher le dirigeant syrien et a confirmé vendredi une livraison d’armements de guerre à Damas. John Kerry a estimé jeudi que cette livraison de missiles russes à la Syrie serait « potentiellement déstabilisante » pour la région, tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui craint des transferts d’armes vers le Hezbollah, devrait se rendre bientôt en Russie pour s’entretenir avec le président Vladimir Poutine, a annoncé samedi le Kremlin. De leur côté, les États-Unis ont paru légèrement infléchir leur position quand M. Kerry a laissé entendre à Moscou que son pays ne faisait plus du départ du président syrien une condition préalable à la mise sur pied d’une autorité de transition. Il a ensuite réaffirmé à Rome que M. Assad devait partir, mais sans dire quand.
« L’accord de cette semaine sur une conférence de paix fait progresser d’un pas la formule de Genève, mais qu’est-ce qu’un pas de plus dans quelque chose qui n’a aucune signification ? » ironise Stephen Sestanovich, spécialiste de la Russie au groupe de réflexion Council of Foreign Relations de Washington. « La vraie question est de savoir si les Russes sont prêts à dire à Assad et ses soutiens que les jeux sont faits pour leur régime », explique-t-il. « Il y a des tentatives qui ont lieu en ce moment, mais ne je pense pas que les positions (de Moscou et Washington) aient tellement changé », lui fait écho Salman Shaikh, directeur du Brookings Center de Doha, en qualifiant « d’acrobaties verbales » les déclarations de la Maison-Blanche et du département d’État. « Même si cette activité diplomatique existe, c’est la situation sur le terrain qui continuera à être prépondérante », explique M. Shaikh.
M. Obama, de son côté, s’est défendu d’être inerte et a fait remarquer cette semaine qu’il n’existait pas de « réponses faciles », deux semaines après que son administration eut évoqué pour la première fois le recours probable d’Assad à des armes chimiques. Bien qu’il ait assuré qu’une telle utilisation serait de nature à changer « la règle du jeu », M. Obama a multiplié les bémols depuis lors, affirmant que les preuves n’étaient pas encore suffisantes. L’administration américaine est hantée par le précédent de 2003, lorsque l’ancien président George W. Bush avait lancé l’invasion de l’Irak sous le prétexte « d’armes de destruction massive » qui n’ont jamais été retrouvées.
© AFP


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17 h 46, le 14 mai 2013