Rechercher
Rechercher

Culture - Exposition

Shadi Abosada se joue des ombres...

À la galerie Artlab*, deux séries de toiles du peintre syrien Shadi Abosada, l’une réalisée en Syrie, l’autre au Liban où il réside depuis un an, évoquent le passage de la terreur vers la liberté.

Des représentations plus joueuses dans les mixed-médias de 2013 (120 x 100 cm).

Au pays de cet artiste, les murs ont des oreilles et les ombres y rodent menaçantes. Leur présence suspecte se dessine partout, envahissante, inquiétante, maléfique. Glissant le long de remparts décatis, interférant entre deux personnages, s’incrustant dans des lieux vides, des espaces désertés, suintant une atmosphère de malaise, de désolation et de peur, ces ombres hantent les toiles de Shadi Abosada. Ce peintre trentenaire, qui a quitté l’enfer syrien il y a un an, représentait ainsi, entre 2009 et 2011, de manière subreptice, ce sentiment oppressant, cette chape écrasante qui dominait toute une population !
Comme pour défier ces présences tapies partout, Shadi Abosada les peignait sous forme d’ombres folles. Surdimensionnées, toutes en faux contours et directions contraires à la réalité... Et il les inscrivait, de manière récurrente, voire obsessionnelle, dans ses techniques mixtes (essentiellement un mélange d’huile et de cendres) de grand format, traitées en camaïeu de couleurs sourdes, grises et jaunâtres.
Enveloppant, dans l’une de ses toiles, la silhouette d’un peintre devant son chevalet (a priori son autoportrait) de l’ombre, gigantesque, d’un visage en profil. Dessinant, dans une autre, un être fantomatique se réfléchissant sur un mur auquel sont accolées deux chaises vides séparées par une petite table. Faisait jaillir, d’une troisième, une ombre roulant à bicyclette, le long d’une enceinte décatie, Shadi Abosada matérialisait ainsi, dans ses peintures réalisées en Syrie, un désarroi diffus. Et exprimait un nihilisme collectif sous-jacent...

Une période libanaise plus détendue
Changement de ton, de registre et de palette de couleurs dans la série de toiles peintes au Liban (majoritairement en 2013). Comme si il s’en dégageait une «respiration» plus détendue! Car si le thème des ombres reste omniprésent, il est traité de manière plus légère, ludique et colorée. Et pour cause, sur des fonds nettement plus lumineux, dominés par différentes nuances de blanc, Shadi Abosada peint (à l’acrylique rehaussée de matières diverses) des gambettes de jeunes femmes gansées de longs bas à rayures, hissées sur un banc, sur la pointe des pieds, comme pour épier par-dessus un muret. Avec toujours leurs ombres – celles des paires de jambes – posées à leurs côtés.
Dans d’autres compositions, il fait jouer les chats avec leurs ombres, les chaises avec leurs reflets, les cyclistes avec ceux de leurs vélos...
Bref, dans sa période libanaise, la peinture de Shadi Abosada semble s’affranchir des ombres inquiétantes du passé pour s’ouvrir à la fantaisie et se nimber d’un joli souffle de liberté...
Réunies sous l’intitulé « Shadow of a Shadow » (L’ombre d’une ombre), ces deux séries retracent ainsi le parcours d’un artiste à découvrir... Jusqu’au 11 mai, chez Artlab.

*Gemmayzé, rue Gouraud. Horaires d’ouverture : du mardi au samedi, de 10h à 13h et de 15h à 19h. Tél. : 03/244577.
Au pays de cet artiste, les murs ont des oreilles et les ombres y rodent menaçantes. Leur présence suspecte se dessine partout, envahissante, inquiétante, maléfique. Glissant le long de remparts décatis, interférant entre deux personnages, s’incrustant dans des lieux vides, des espaces désertés, suintant une atmosphère de malaise, de désolation et de peur, ces ombres hantent les toiles de Shadi Abosada. Ce peintre trentenaire, qui a quitté l’enfer syrien il y a un an, représentait ainsi, entre 2009 et 2011, de manière subreptice, ce sentiment oppressant, cette chape écrasante qui dominait toute une population ! Comme pour défier ces présences tapies partout, Shadi Abosada les peignait sous forme d’ombres folles. Surdimensionnées, toutes en faux contours et directions contraires à la réalité... Et il les...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut