« Le stalinisme est lié au culte de la personnalité, aux violations massives de la légalité, aux répressions et aux camps. Il n’y a rien de tel en Russie », a déclaré M. Poutine, interrogé par un journaliste qui s’inquiétait d’un retour à des pratiques staliniennes en Russie. « Mais cela ne signifie pas qu’il ne faut pas de l’ordre et de la discipline », a-t-il ajouté. Au pouvoir depuis 13 ans, l’ex-agent du KGB a été confronté à une vague de contestation sans précédent qui a marqué l’hiver 2011-2012, saluée dans le monde entier comme la naissance d’une société civile russe. Le mouvement est aujourd’hui retombé, sous l’effet de la résignation mais aussi des poursuites qui lui valent de vives critiques des organisations de défense des droits de l’homme et sur la scène internationale.
Jugé actuellement pour détournement de fonds, le principal opposant, Alexeï Navalny, a ainsi dénoncé un procès politique, pendant que Vladimir Poutine assurait avoir demandé au parquet d’être « objectif à l’extrême ». Parallèlement, une vaste campagne contre les ONG ayant bénéficié de financements occidentaux a également été lancée et l’association Golos de contrôle électoral a été la première hier à être condamnée à une amende de 300 000 roubles (7 500 euros), pour ne pas s’être inscrite au registre des « agents de l’étranger » comme l’exige une loi controversée. La directrice de Golos, Lilia Chibanova, a été par ailleurs condamnée à payer 100 000 roubles (2 500 euros) d’amende à titre personnel. Golos, qui s’était illustrée en dénonçant des fraudes massives au profit du parti au pouvoir lors des dernières élections législatives et présidentielle, et Mme Chibanova ont annoncé leur intention de faire appel de cette décision « illégale et infondée ». L’ambassadeur américain à Moscou Michael McFaul s’est dit « déçu de ce jugement » sur Twitter, tandis que les ONG Human Rights Watch et Amnesty International y ont vu « un signal alarmant pour le futur de la société civile en Russie », dans un communiqué conjoint.
Interrogé par ses concitoyens, le président russe a par ailleurs vanté l’amélioration de la situation sociale du pays, avec une augmentation du niveau de vie. La pression sur le gouvernement s’accroît alors que la croissance a ralenti à 1,1 % au premier trimestre, poussant le gouvernement à réduire sa prévision de croissance pour 2013 à 2,4 %, bien loin des 8 % dont avait bénéficié M. Poutine pendant ses deux premiers mandats. « Il y a des débats mais les bases de notre politique restent inchangées », a martelé Vladimir Poutine, qui a appelé les spectateurs à laisser du temps au gouvernement pour travailler, rejetant tout remaniement ou limogeage. Il a mis en cause la crise dans la zone euro, où se trouvent les principaux partenaires commerciaux de la Russie, ainsi qu’« une politique du crédit trop stricte » qui bride l’activité.
Présent dans le studio, Alexeï Koudrine, ministre des Finances entre 2000 et 2011, a dénoncé de son côté « un système de demi-mesures et de demi-réformes ». « À l’heure actuelle, nous n’avons pas de programme pour sortir le pays de sa dépendance au pétrole », a fustigé cette figure très respectée dans les milieux économiques. Vladimir Poutine a fait l’éloge de son interlocuteur, limogé fin 2011 pour avoir critiqué le Premier ministre Dmitri Medvedev, alors au Kremlin. Mais il a appelé à la prudence dans les réformes aux conséquences sociales potentiellement difficiles dans un pays « où les revenus restent très modestes ».
(Source : AFP)

