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Moyen Orient et Monde - Grande-Bretagne

Des funérailles à l’image de « la Dame de fer » : imposantes et controversées

Des milliers de sympathisants étaient présents pour le dernier voyage de Margaret Thatcher, mais d’autres l’ont également conspuée.

Le cercueil de Margaret Thatcher, porté à la cathédrale Saint-Paul. Gareth Fuller/AFP

Les funérailles de Margaret Thatcher ont été célébrées hier à Londres avec le faste réservé aux plus grandes figures de l’histoire britannique. « C’est l’hommage qui convient pour un grand Premier ministre respecté à travers le monde », a assuré le chef du gouvernement conservateur David Cameron, sur la défensive. « Nous vivons tous dans l’ombre de Margaret Thatcher », décédée à 87 ans. Mais les adieux à l’unique femme Premier ministre de 1979 à 1990, viscéralement hostile au « consensus mou », ne pouvaient qu’être teintés de polémique. Elle s’est même infiltrée jusque sous le dôme de la cathédrale Saint Paul. Dans son prêche, l’évêque de Londres Richard Chartres a d’ailleurs évoqué « l’ouragan d’opinions conflictuelles » autour de la défunte, « figure mythique ». La reine Élisabeth II siégeait au premier rang des 2 300 invités dans l’imposant édifice religieux, mi-classique mi-baroque. Le décorum des « obsèques cérémonielles » avec les honneurs militaires se situait à peine un cran en dessous des funérailles nationales accordées au duc de Wellington, à l’amiral Nelson ou à Churchill, le triomphateur du nazisme pleuré par la nation unanime en 1965. L’ensemble du gouvernement du conservateur David Cameron, tous les ex-Premiers ministres britanniques (à commencer par le travailliste Tony Blair, volontiers élogieux à l’égard de « Margaret ») avaient pris place dans la nef. Downing Street a répertorié la présence de deux chefs d’État, 11 Premiers ministres et 17 chefs de la diplomatie en exercice.

 

La reine Elizabeth II et le prince Philippe assistant aux funérailles.

REUTERS/Toby Melville


Au total, 170 pays avaient dépêché des représentants de plus ou moins haut rang, reflétant les usages protocolaires, mais aussi une appréciation variable de l’héritage thatchérien. La Russie a boycotté la cérémonie. De même que l’Argentine, qui revendique toujours l’archipel des Malouines, reconquis en 1982 au terme d’une guerre éclair emmenée par Mme Thatcher. Plus surprenant, aucun des anciens locataires de la Maison-Blanche n’avait répondu à l’invitation, malgré l’attachement de « Mrs T » à la relation « privilégiée » anglo-américaine. L’absence de deux fossoyeurs de la guerre froide (le dernier président de l’URSS, Mikhaïl Gorbatchev, et le réunificateur de l’Allemagne, Helmut Kohl) relevait, elle, de raisons de santé. Dans le carré des anciennes gloires diplomatiques et people des années 80, siégeaient l’ex-secrétaire d’État américain Henry Kissinger et Anya Hindmarch, créatrice des sacs à main au cœur de la panoplie de la « Dame de fer ». Au même moment, à New York, le Conseil de sécurité de l’ONU observait une minute de silence. Et aux Malouines, hier était un jour de deuil.

 

(Repère : Les principales dates de la vie de Margaret Thatcher)

Honneurs militaires
De même, plus de 700 militaires s’étaient déployés tout au long des 1,9 km qui séparent le palais de Westminster – où Mme Thatcher a longtemps dominé les débats de sa voix haut perchée – et la cathédrale Saint Paul. Le cercueil de la baronne de Kesteven, née Margaret Hilda Roberts d’un père épicier, avait entamé sa procession à 09h00 GMT, drapé dans l’Union Jack. Il était surmonté d’un bouquet de roses blanches accompagné d’un mot manuscrit : « À notre mère bien aimée, pour toujours dans nos cœurs », signé Mark et Carol, ses jumeaux. Il a remonté les artères de la capitale posé sur l’affût d’un canon de la Première Guerre mondiale, au son des marches funèbres de Chopin, Beethoven et Mendelssohn. Les soldats en uniformes chamarrés évoquant des gravures du XIXe siècle progressaient à la cadence de 70 pas la minute. Le carillon de Big Ben s’est tu en signe de respect. Mais 19 coups de canon et une cloche unique, à Saint Paul, ont rythmé l’approche. L’urne contenant les cendres de Margaret Thatcher a été déposée au Royal Hospital de Londres, à côté de celle de son mari Denis.

 

(Repère : Les grandes citations de Margaret Thatcher)


Parallèlement, Scotland Yard avait mobilisé 4 000 policiers pour parer à toute éventualité et fait savoir que la contestation serait tolérée « pourvu qu’elle s’exerce dignement ». L’événement s’est déroulé sans arrestation. Ils étaient plusieurs dizaines de milliers de sympathisants et de badauds massés derrière les barrières de sécurité, mais plusieurs centaines à siffler, conspuer et protester aux cris de « Maggie, pourrie » ou « Dame de fer, rouille en enfer ». D’autres ont choisi de tourner le dos au passage du cercueil, conformément à une consigne sur Facebook. Sous les slogans « La sorcière est morte » ou « Bon débarras », des milliers de jeunes internautes ont dénoncé le coût social de la révolution libérale thatchérienne. À Goldthorpe, dans le Nord, les mineurs du Yorkshire ont pendu et brûlé des effigies de « Maggie », qui avait fermé leurs puits de charbon.

 

Une fan de Margaret Thatcher, en larmes. REUTERS/Kevin Coombs


Pour leur part, les médias se sont largement fait l’écho des griefs sur l’ampleur, le coût et la récupération politique des obsèques. L’épouse du président de la Chambre des communes, Sally Bercow, a même reproché une « tentative de canonisation ». Mais son héritage politique n’est pas prêt de se dissiper, relève le politologue Tony Travers. « Elle est tout simplement trop puissante, trop importante. Plus encore morte que vivante », a-t-il confié.

 


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