Le président russe Vladimir Poutine rencontre son homologue sud-africain Jacob Zuma lors du sommet des Brics à Durban. Alexander Joe/AFP
La nouvelle banque devrait, selon les conclusions de la commission de travail qui a précédé le sommet, être dotée d’un capital de départ de 50 milliards de dollars, soit 10 milliards par pays. Quand bien même elle devrait avoir du mal à réunir une telle somme qui correspond à 2,5 % de son produit intérieur brut (PIB), l’Afrique du Sud en a fait une priorité. Elle espère trouver ainsi un moyen de financer son ambitieux programme d’infrastructures et aussi les projets des pays voisins. « Je pense que les montants disponibles pour financer le développement ne sont clairement pas suffisants pour satisfaire (...) les besoins en infrastructures sur le continent africain. Ainsi, un nouvel acteur sera le bienvenu, pour ajouter sa contribution et, espérons-le, secouer quelques-unes des autres institutions grâce à une saine concurrence », a relevé le ministre du Commerce et de l’Industrie sud-africain Rob Davies. Le pays hôte a d’ailleurs donné pour thème à la rencontre de Durban « Les Brics et l’Afrique : un partenariat pour le développement, l’intégration et l’industrialisation ».
Fabuleuses réserves
Derrière le discours politique unificateur, qui consiste à dire que les Brics doivent constituer une force économique et politique pour s’affranchir des puissances occidentales, se dissimulent cependant des appréhensions africaines. Car l’implantation massive en Afrique de la Chine, le géant des Brics, pose question, certains estimant que celle-ci n’est plus un pays émergent, et que ses relations économiques avec le continent s’apparentent désormais à une nouvelle forme de colonialisme. La journée a justement démarré hier pour le président sud-africain Jacob Zuma par la réception de son homologue chinois Xi Jinping dans le cadre d’une visite d’État à Pretoria. « Nous voyons les succès de la Chine comme une source d’espoir et d’inspiration. L’émergence de la Chine porte des leçons pour nous, car nous essayons de suivre son exemple », a déclaré M. Zuma. Et les deux pays de signer quelques contrats, notamment dans les domaines des hydrocarbures et du développement d’infrastructures de transport. Ensuite, les deux hommes se sont rendus à Durban où M. Zuma s’est entretenu en tête à tête avec le Russe Vladimir Poutine.
Soucieux de leur indépendance, le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, qui rassemblent 43 % de la population mondiale et produisent le quart du PIB de la planète, veulent se doter d’institutions et mécanismes communs leur permettant de contourner un système mondial actuellement dominé par l’Occident, du Fonds monétaire international (FMI) à la Banque mondiale, en passant par les agences de notation. Outre la création d’une banque de développement, les Brics pourraient aussi mettre en réserve une partie de leurs fabuleuses réserves de change, 4 400 milliards de dollars, selon Pretoria, aux trois quarts détenus par Pékin, pour s’entraider en cas de choc conjoncturel. Ce pot commun, qui leur permettrait d’éviter un recours au FMI, devrait être doté d’une centaine de milliards de dollars, selon le gouverneur de la Banque centrale du Brésil Alexandre Tombini.
Parallèlement, le Brésil et la Chine ont signé un accord d’échange de 30 milliards de dollars entre leurs banques centrales destiné à stimuler leur commerce bilatéral. Enfin, les cinq pays ont aussi dans leurs cartons une agence de notation, un mécanisme de réassurances, un conseil d’entrepreneurs, une classification maison des universités... On évoque également un câble sous marin permettant de transmettre des données à haut débit du Brésil à la Russie via l’Afrique du Sud, l’Inde et la Chine, un projet à 1,2 milliard de dollars.
(Source : AFP)

