Trois jours après la mise en examen de son client pour « abus de faiblesse » à l’encontre de la milliardaire nonagénaire Liliane Bettencourt, l’avocat Thierry Herzog met en cause le juge, dans un entretien publié par le Journal du dimanche, pour avoir signé une tribune sur les insuffisances de la lutte contre la corruption sous le mandat de M. Sarkozy. « On peut se poser au minimum la question de l’impartialité de ce magistrat », déclare Me Herzog, avant d’évoquer une « tribune politique », « signée par le juge Gentil contre Nicolas Sarkozy ». Dans ce texte cosigné par 81 autres magistrats et publié en juin 2012 par le quotidien Le Monde, le juge Gentil mettait en cause, selon l’avocat, « la politique de Nicolas Sarkozy et celle de son prédécesseur, les accusant de “vouloir protéger les corrompus” ». « Cinq jours après la signature de cette tribune, le même juge a opéré quatre perquisitions au domicile de Nicolas Sarkozy, dans son bureau, ainsi qu’au domicile de sa secrétaire », souligne l’avocat.
Me Herzog revient aussi sur un incident ayant marqué la fin de l’audition de l’ex-chef de l’État par le juge Gentil, évoqué samedi par plusieurs médias français. Selon Me Herzog, après neuf heures de confrontation, le juge a « signifié à Nicolas Sarkozy qu’il était témoin assisté pour les faits d’abus de faiblesse de 2008 et de recel de janvier et février 2007, mais mis en examen pour abus de faiblesse pour des faits “commis en février 2007”. Nicolas Sarkozy lui a répondu que c’était une “grande injustice”. Le juge Gentil lui a rétorqué violemment que son propos était injurieux. Nicolas Sarkozy a répondu “non, c’est une injustice et j’ai la liberté de dire et de penser ce que je veux”. Le juge a ajouté : “C’est une injure et maintenant, c’est terminé.” Nicolas Sarkozy a dit “non, ce n’est pas terminé”, signifiant ainsi que, comme tout un chacun, il userait des voies de recours », déclare l’avocat.
Des propos que M. Gentil « a ressentis comme une menace, et qu’il a voulu faire acter par sa greffière, mais Me Thierry Herzog s’y est opposé de façon forte », selon une source proche de l’affaire.
Au lendemain de cette audition tendue, le juge a fait l’objet d’un tir de barrage de certains proches de l’ancien chef de l’État, comme le député UMP Henri Guaino, qui accusait M. Gentil d’avoir « déshonoré la justice ». Samedi, l’avocat du juge, Me Rémi Barousse, est monté au créneau : « Jean-Michel Gentil en a marre d’être injurié alors qu’il essaie de faire son travail le plus honnêtement possible », a-t-il dit, annonçant le dépôt d’une plainte « dans quelques jours », contre l’élu.
Dans son entretien au JDD, Me Herzog revient aussi sur le fond du dossier, insistant encore sur le caractère « injuste », « injurieux », « grotesque » des poursuites contre Nicolas Sarkozy, soupçonné d’avoir profité de la « faiblesse » psychologique de la milliardaire alors âgée de 84 ans pour obtenir un financement de sa campagne en 2007.
Selon l’avocat, « pas un témoin, pas un indice » ne permettent d’affirmer que « Liliane Bettencourt a remis un centime à Nicolas Sarkozy ». Confirmant qu’il demandera l’annulation de la mise en examen, il indique qu’il « étudie d’autres actions ». Lorsqu’un juge est considéré partial, il peut notamment faire l’objet d’une demande de dessaisissement, une procédure appelée « requête en suspicion légitime ».
La présidence de Nicolas Sarkozy a été marquée par des relations tendues avec les magistrats. En 2007, il avait comparé les juges à des « petits pois » sans saveur et début 2010, les avait mis en cause après le meurtre d’une jeune fille. Plusieurs fois, la justice est descendue dans la rue, notamment pour protester contre son projet de suppression des juges d’instruction, perçu comme une tentative d’étouffer les affaires sensibles.
Pour une majorité de Français, la mise en examen de Nicolas Sarkozy ne compromet pas les chances de retour de celui qui reste de loin l’homme politique préféré des électeurs de droite. Près de deux Français sur trois (63 %) estiment que cette inculpation ne l’empêchera « probablement pas », voire « certainement pas » de revenir en politique, selon un sondage BVA paru hier dans Le Parisien-Aujourd’hui en France, et réalisé vendredi et samedi.
En outre, 31 % des Français, mais surtout des 63 % des sympathisants de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), souhaitent qu’il soit le candidat du premier parti d’opposition en 2017, loin devant l’ancien Premier ministre François Fillon (27 % des Français, 18 % des UMP) et Jean-François Copé (5 % des Français, 2 % des UMP), son successeur à la tête du parti.
(Source : AFP)

