Hier, une conférence de presse des prélats américains – la troisième en trois jours – a été annulée. Le porte-parole du Vatican n’a pas voulu confirmer que ce choix obéissait à une demande des autres cardinaux, mais le père Federico Lombardi a parlé de la nécessité d’une « réserve croissante » à mesure que les travaux entrent dans le vif. Cependant, très bavards, les cardinaux américains, qui n’ont rien révélé du fond des débats (tous ont fait serment de conserver le secret), avaient affiché leur volonté d’affronter les problèmes avec franchise. Ils avaient donc insisté sur le fait que ces questions dépassent largement les frontières du Vatican et le scandale des fuites de documents VatiLeaks.
Ce tarissement partiel des sources officielles a de quoi frustrer les quelque 5 000 représentants des médias accrédités. De quoi aussi alimenter potentiellement les conjectures et les fausses nouvelles. Le jésuite a confirmé par ailleurs que, dans les 18 interventions d’hier, a commencé à s’esquisser le profil du futur pape. « Le successeur devra prendre les choses de l’Église en main, avec une volonté de gouverner, de mettre de l’ordre, de continuer la purification que Benoît XVI a commencée sérieusement », a dit le cardinal canadien Marc Ouellet, qui figure parmi les « papabili ». « Nous avons besoin d’une nouvelle façon de gouverner l’Église. Un gouvernement plus horizontal. La curie doit être révolutionnée », a renchéri le cardinal allemand Walter Kasper.
Hostilité ou indifférence
Le successeur de Benoît XVI, pour la première fois, n’aura pas vécu le concile Vatican II (1962/65), véritable aggiornamento de l’Église catholique. Autant que la réforme d’une curie, l’actualisation dans le monde d’aujourd’hui de Vatican II et la « nouvelle évangélisation » requièrent un débat de fond, selon les évêques : comment faire face à une vague de fond de « sécularisation » quand le message chrétien rencontre hostilité ou indifférence dans les pays où il a pris son essor jadis.
Jusqu’à présent, les 28 Italiens semblent en retrait face à des cardinaux d’Amérique, d’Europe ou des pays du Sud pugnaces et déterminés à un nouveau printemps de l’Église. Certains observateurs comparent même ces congrégations à une sorte de Vatican II bis, et le choix du 266e pape apparaît très ouvert, avec quelques noms souvent cités : Odilo Scherer (São Paulo), Peter Erdö (Budapest), Christoph Schönborn (Vienne), Angelo Scola (Milan), Luis Antonio Tagle (Manille). Mais un « outsider » est possible.
Pour sa part, l’association américaine d’anciennes victimes de prêtres pédophiles SNAP a donné hier une liste de douze cardinaux qui ne devraient pas être « papabili » parce qu’ils auraient, selon elle, minimisé le scandale.
Par ailleurs, « l’anneau du pêcheur » que portait Benoît XVI au doigt a été rayé, pour être rendu inutilisable, comme prévu par le règlement du « siège vacant ».
Enfin, les premiers clichés de Benoît XVI depuis qu’il a démissionné ont été pris par un paparazzi. On le voit marcher appuyé sur un bâton dans le parc de la résidence de Castel Gandolfo avec ses collaborateurs. Le « pape émérite » porte un blouson blanc sur une soutane blanche, et une casquette de même couleur, sous laquelle son maigre visage semble disparaître.
(Source : AFP)

