Des Pakistanaises chiites en deuil à Karachi après l’attentat de dimanche. Rizwan Tabassum/AFP
La bombe cachée dans un véhicule a explosé dimanche en début de soirée près de mosquées du quartier chiite de Abbas Town, au moment où les fidèles sortaient de la prière, frappant plusieurs immeubles alentour qui se sont en partie écroulés, piégeant les victimes. Outre les 48 morts, plus de 150 personnes ont été blessées, selon un nouveau bilan des autorités. Les associations locales de transporteurs et commerçants ont annoncé une journée morte hier. Et si la Bourse était officiellement ouverte, l’activité y était faible, selon un courtier local. Pourtant, le dynamisme de Karachi, souvent décrite comme le « portefeuille du Pakistan », est vital à l’économie du pays, contribuant à 42 % de son PIB, 70 % de l’impôt sur le revenu et 62 % de la taxe sur les ventes. Mais cette mégalopole de 18 millions d’habitants est ensanglantée depuis des décennies par d’incessantes violences politiques, ethniques, sectaires et mafieuses qui ont tué l’an dernier plus de 2 200 personnes, handicapant largement son activité économique.
Campagne électorale
Le Pakistan est de plus en proie depuis le début de l’année à une vague sans précédent d’attentats antichiites qui a fait plus de 200 morts, principalement à Quetta, la capitale de la province voisine du Baloutchistan, dans le Sud-Ouest. Ces attentats avaient été revendiqués par le Lashkar-e-Jhangvi (LeJ), un groupe armé sunnite proche d’el-Qaëda qui multiplie les attaques contre les chiites depuis sa formation au milieu des années 90. Ce nouvel attentat à Karachi, le plus meurtrier en plus de trois ans, n’a pas été revendiqué, mais porte la signature du LeJ, a affirmé hier le ministre pakistanais de l’Intérieur Rehman Malik. Des citoyens et des associations locales accusaient hier les autorités de ne pas être en mesure de juguler les violences. « Les terroristes nous tuent, mais le gouvernement ne prend aucune mesure pour les éliminer », pestait Mohsin Ali, 29 ans, un chiite dont le frère a été tué dans l’attentat de dimanche.
L’attaque de Karachi intervient à deux semaines du début de la campagne électorale pour un scrutin attendu à la mi-mai. Ces élections générales revêtent un caractère historique car elles doivent être les premières de l’histoire du Pakistan moderne à avoir lieu après qu’un gouvernement civil eut complété son mandat de cinq ans. « Nous allons voter pour ceux qui vont éradiquer ces terroristes. Nous n’allons plus nous laisser embobiner par des slogans creux », promettait Azam Khan, un sunnite.
(Source : AFP)

