Jusqu’à dimanche soir, l’exposition Hopper est restée ouverte pendant 62 heures sans interruption. Quarante mille visiteurs étaient attendus pour cette opération sur trois jours et deux nuits, en raison du grand succès de cette rétrospective, selon la Réunion des musées nationaux qui avait déjà organisé des visites de nuit pour Picasso en 2009 et Claude Monet en 2011. Sortant des cinémas ou des restaurants des Champs-Elysées, ou venant spécialement parfois de grande banlieue pour vivre cette nocturne insolite, des personnes de toutes générations, formant une file compacte d’une centaine de mètres, patientaient dans la bonne humeur, visiblement amusées par ces horaires hors normes.
«C’est vraiment une bonne idée. Nous avons essayé de venir aux heures normales, mais on a renoncé deux fois. On a sauté sur l’occasion en apprenant que le musée serait ouvert plusieurs nuits. Ils auraient d’ailleurs dû le faire plus tôt!», a confié Brigitte, une quinquagénaire parisienne venue avec son mari «après un petit dîner à la maison». Malgré l’heure avancée de la nuit, les visiteurs jouaient presque des coudes devant les toiles les plus célèbres du peintre américain dont Chambre à New York (1932) ou Gas, la station d’essence (1940).
«L’enjeu est de favoriser l’accès à la culture. Ça marche pour le cinéma, le spectacle vivant mais pour les beaux-arts, c’est plus compliqué. Une grande exposition comme Hopper et des opérations spectaculaires comme ce marathon permettent d’attirer des gens qui n’ont pas l’habitude de franchir la porte des musées», a souligné à l’AFP le président de la Rmn-Grand Palais, Jean-Paul Cluzel.
Selon un décompte fait samedi à minuit passé, quelque 746000 visiteurs ont visité cette exposition depuis le 10 octobre.
Pour pimenter la première «Nuit Hopper», le procès parodique du peintre a été organisé par la Société des culturistes, spécialiste des simulacres judiciaires dans un esprit dadaïste. Edward Hopper était notamment poursuivi pour «atteinte à la sûreté de la modernité, espionnage de la culture française et collaboration soumise à sa femme», avec comme témoins de la défense l’écrivain et journaliste Philippe Labro et Didier Ottinger, commissaire de la rétrospective. «Edward Hopper est un anarchiste qui, au mépris de la modernité, a révélé à l’Amérique l’ennui métaphysique de sa civilisation», a estimé l’avocat général, suivi par le jury qui a condamné le peintre à «l’exil».
«Good bye Edward Hopper! Dans la folie d’un monde à feu et à sang, vous avez été le gardien de ce refuge silencieux et merveilleux qu’est la peinture, dernier lieu d’une beauté qui ne veut pas mourir (...) Votre exil sera le nôtre et le génie n’a pas de frontière. Il la repousse comme une interminable conquête de l’Ouest, comme l’a été votre œuvre!», a lancé le président de ce procès potache.


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