Derniers préparatifs avant la cérémonie au Dolby Theatre.Joe Klamar/AFP
Avec douze nominations, Lincoln, le biopic de Steven Spielberg avec Daniel Day-Lewis dans le rôle du président Abraham Lincoln, faisait la course en tête. Mais les lauriers récoltés par Argo, de Ben Affleck, sur l’exfiltration de six diplomates américains en pleine révolution islamique à Téhéran, ont troublé les pronostics. Le film, inspiré de faits réels, a devancé Lincoln, notamment lors des Golden Globes et dans le palmarès de la Screen Actors Guild.
S’il a décroché la statuette, ce sera la première fois depuis Driving Miss Daisy de Bruce Beresford, en 1990, qu’une œuvre décroche ce prix sans que son réalisateur n’ait été retenu pour l’oscar du meilleur réalisateur.
Sept autres films étaient en lice dans la catégorie reine, dont Amour, production franco-autrichienne de Michael Haneke qui vient de triompher aux césars du cinéma français après avoir obtenu la Palme d’or au printemps dernier à Cannes. Outre le meilleur film, ce récit sur la déchéance des corps et la fin de vie était en lice pour les oscars de la meilleure actrice (Emmanuelle Riva, césarisée vendredi soir à Paris), du meilleur réalisateur, du meilleur scénario original et du meilleur film en langue étrangère.
Jamais cependant par le passé un film tourné en langue étrangère, en l’occurrence le français, n’a remporté l’Oscar du meilleur film (The Artist, la comédie de Michel Hazanavicius qui a triomphé l’an passé est un film muet).
Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow, sur la traque et l’élimination d’Oussama ben Laden, Django Unchained, l’hommage au western spaghetti de Quentin Tarantino, Les Misérables, adaptation signée Tom Hooper de la comédie musicale créée par les Français Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil, Life of Pi d’Ang Lee, Silver Lining Playbokk de David O. Russell et Beasts of the Southern Life de Benh Zeitling complétaient la liste des films en lice pour l’oscar.
Sens dessus dessous
Pour Matt Atchity, rédacteur en chef du site spécialisé Rotten Tomatoes, quelque chose semble s’être « détraqué » cette année. « Nous en sommes réduits à nous gratter la tête et à nous demander ce que cela signifie », ajoute-t-il, résumant la perplexité des experts qui aiment prédire les votes des quelque 5 800 membres de l’Academy of Motion Picture Arts & Sciences. « Même si Argo gagne le meilleur film, ce sera une surprise parce que ses promoteurs ont réussi à maintenir un statut de challenger en dépit des prix déjà remportés, déclarait cette semaine à Reuters Dave Karger, de Fandango.com. Si Lincoln gagne, paradoxalement, ce sera aussi un bouleversement alors même qu’il avait le plus de nominations. C’est ce qui fait le caractère étrange de cette année, toutes les règles semblent être sens dessus dessous. »
Aux yeux de l’opinion publique, les jeux sont encore plus troublés. D’après un sondage Reuters-Ipsos publié mercredi, 17 % des personnes interrogées estiment que Lincoln l’emportera. Mais ils sont 17 % également à penser que l’oscar du meilleur film reviendra aux Misérables. Argo plafonne à 8 %, Django Unchained et Life of Pi sont à 4 %.
Dans les autres catégories, Steven Spielberg pouvait espérer décrocher son troisième oscar de meilleur réalisateur. Pour les acteurs, Daniel Day-Lewis, choisi par M. Spielberg pour incarner son Lincoln, fait figure de grandissime favori. À 55 ans, l’acteur irlando-britannique réaliserait alors une performance inédite en obtenant une troisième statuette après celles obtenues pour ses performances dans My Left Foot (1989) et There Will Be Blood (2008).
Du côté des actrices, la Française Emmanuelle Riva, bientôt 86 ans, était opposée à la toute jeune Quvenzhane Wallis, révélation de Beasts of the Southern Life âgée de neuf ans, Jessica Chastain, qui incarne l’agent obsessionnelle de la CIA traquant Ben Laden dans Zero Dark Thirty, Naomi Watts, mère de famille victime du tsunami asiatique de 2004 dans The Impossible, et Jennifer Lawrence, la jeune veuve attachante de Happiness Therapy.
« Toutes les cinq peuvent l’emporter. De mémoire récente, c’est l’une des compétitions les plus serrées », estimait Scott Feinberg, du Hollywood Reporter.
Les perdants pourront toujours se consoler en se souvenant que le Citizen Kane d’Orson Welles avait été battu en 1941 par John Ford et que, dans toute sa carrière, Alfred Hitchcock n’a jamais remporté d’oscar majeur.
(Source : Reuters)

