« Tout espoir que la première année de règne du jeune dictateur signalerait un changement de politique par rapport à celle appliquée par son père a été anéanti », déclare Andrei Lankov, expert sur la Corée du Nord à l’université Kookmin de Séoul.
« Kim a prouvé être un fils loyal, marchant dans les pas de son père, tout en affichant des résultats auxquels son père ne pouvait que rêver », ajoute-t-il.
Lorsqu’il succède à son père Kim Jong-il, mort en décembre 2011, le jeune Kim Jong-un, dont l’année de naissance reste inconnue mais qui selon les experts a 29 ou 30 ans, avait suscité quelques espoirs.
Sa jeunesse, son éducation dans une école suisse privée (sous un faux nom) et un comportement en public moins compassé que celui de son père, laissaient espérer que le nouveau dirigeant allait peut-être dévier de la politique du « Songun » (l’armée d’abord) prônée par Jong-il.
Il parle en public, se rend dans un parc d’attraction, pousse sa jeune épouse devant les caméras – une première dans ce pays où les femmes des deux précédents dirigeants étaient quasi invisibles –, et limoge quelques membres de la vieille garde.
Mais il fait preuve à l’égard de la communauté internationale et de l’ONU du même dédain que son père. Malgré le risque de nouvelles sanctions, il a procédé en décembre à un tir de fusée – que lui interdisaient les résolutions de l’ONU car la technologie est semblable à celles d’un tir de missile balistique – et à un essai nucléaire mardi, le 3e après ceux de 2006 et 2009.
Après l’échec d’avril 2012, la fusée envoyée le 12 décembre est bien parvenue à placer en orbite un satellite, un saut technologique pour le pays. Et le test nucléaire de mardi était plus puissant que les deux précédents, selon les estimations des agences internationales, et réalisé avec une bombe miniaturisée, selon Pyongyang.
« L’essai, qui suit de près le tir de la fusée, représente plusieurs victoires pour Kim Jong-un », note Yoo Ho-yeol, expert à la Korea University. « Il prouve sa loyauté envers son père, fait preuve de ses qualités de dirigeant et reprend la main dans les négociations » avec l’étranger.
Les experts sur ce pays, un des plus secrets et des plus fermés de la planète, soulignent l’importance de « la loyauté », étant donné le système dynastique qui préside aux destinées de la Corée du Nord.
Depuis sa création, le pays a été dirigé d’une main de fer par trois générations de Kim : Il-sung, Jong-il et désormais Jong-un.
La priorité de Jong-un était de cimenter sa légitimité et d’apparaître aux yeux de l’élite et de la population comme le digne successeur de ses père et grand-père.
L’extérieur « doit comprendre que même si c’est un nouveau dirigeant, la politique est plus ou moins la même : menaces, intimidation et provocation pour arriver à ses fins », estime Philip Yun, du Ploughshares Fund, un centre de recherche sur la sécurité basé en Californie.
La conduite des affaires en Corée du Nord est totalement opaque et nul ne sait, hors du pays, qui prend véritablement les décisions. Mais la propagande du régime présente Jong-un comme le pilier du pouvoir et les medias ont couvert abondamment ses réunions avec des responsables de la sécurité avant le test de mardi.
Quant aux nouvelles sanctions internationales que le test ne manquera pas de provoquer, Pyongyang n’a pas semblé y prêter garde, publiquement en tout cas, même lorsque son allié la Chine avait laissé entendre qu’elle pourrait restreindre son aide, cruciale pour une économie en lambeaux.
« Depuis son arrivée au pouvoir, Kim a montré une volonté certaine à violer les accords, provoquer la communauté et étouffer toute contestation intérieure pour conserver le pouvoir », indique Nicholas Hamisevicz, de l’Institut coréen économique d’Amérique. « Le temps est venu d’abandonner toute illusion sur la nature du pouvoir à Pyongyang et de se préparer à une période de tensions et des provocations », conclut-il.
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