Le chef du parti islamiste, Rached Ghannouchi, a de son côté entrouvert la porte en proposant un compromis pour que le futur gouvernement allie technocrates et personnalités politiques. « Le gouvernement qui peut sauver la situation dans le pays est un gouvernement (...) de coalition nationale », a-t-il déclaré, insistant cependant pour que le cabinet « représente aussi les forces politiques ».
Dans l’après-midi, son gendre et ministre des Affaires étrangères Rafik Abdessalem a pour sa part reconnu pour la première fois qu’Ennahda pourrait être amené à quitter le pouvoir. « Ennahda peut quitter le pouvoir si Jebali maintient sa proposition. Tout est possible, ce n’est pas une fatalité pour Ennahda de rester au gouvernement », a-t-il dit.
Le Premier ministre a également reçu hier le soutien du patronat tunisien, Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), et du puissant syndicat l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). Signe du poids dont dispose l’UGTT, la grève générale qu’elle a organisée vendredi, le jour des funérailles de l’opposant assassiné Chokri Belaïd, a quasi paralysé le pays.
Hamadi Jebali a indiqué qu’il allait démissionner s’il ne parvenait pas à former un cabinet de technocrates avant le milieu de la semaine, un délai qui arrive à son terme. Toute la journée, le chef du gouvernement a multiplié les consultations pour finaliser son équipe. Mais face à ses détracteurs, le Premier ministre a aussi déclenché un débat juridique en estimant qu’un simple remaniement ne l’oblige pas à demander la confiance de l’Assemblée nationale constituante (ANC) où les islamistes contrôlent 89 des 217 sièges. Ennahda rejette toutefois cette interprétation.
L’assassinat le 6 février de Chokri Belaïd, crime sans précédent en Tunisie, a aggravé la crise politique, alors que la coalition au pouvoir ne parvenait pas depuis des mois à remanier le gouvernement. Par ailleurs, les conflits sociaux souvent violents se multiplient depuis l’été sur fond de misère et chômage, facteurs-clés de la révolution qui a renversé Zine el-Abidine Ben Ali, sans oublier l’essor d’une mouvance salafiste jihadiste qui déstabilise régulièrement le pays par des attaques, comme celle contre l’ambassade des États-Unis en septembre dernier. La Tunisie vit sous le régime de l’état d’urgence depuis la révolution. L’armée est actuellement déployée dans de nombreuses villes de crainte de nouvelles violences comme celles déclenchées par l’assassinat de Chokri Belaïd. Enfin, la rédaction de la Constitution est dans l’impasse, 15 mois après l’élection de la Constituante, faute de compromis sur la nature du futur régime politique et la fixation d’une date pour les élections devant mettre fin à la transition. Face à ce constat, « Ennahda donne l’impression de tout faire pour que les élections n’aient pas lieu et il ne cesse de chercher à s’arroger le contrôle du pays à travers les nominations aux rouages de l’État », juge Habib Marsit, un universitaire militant des droits de l’homme, avant d’ajouter que « les islamistes revendiquent pour leur gouvernement la légitimité des urnes mais le pays a besoin d’une légitimité du consensus pour sortir de la crise ».
(Source : AFP)


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