Ribal Molaeb et Harald Kosik ont révélé au public des partitions méconnues. Photo Marwan Assaf
Pour le clavier, il est accompagné en toute efficacité par Harald Kosik de l’Université de Vienne.
Ouverture avec la Sonate pour alto et piano de Rebecca Clarke, une compositrice britannique décédée à 93 ans en 1979 et qui fut elle-même une excellente altiste. Trois mouvements (impetuoso, vivace et adagio) pour un opus aux sonorités sombres, modernes et chargées d’une certaine mélancolie. Sans exclure certains accents impressionnistes à la Debussy. Premiers accords plaqués en toute majesté pour une partition aux dissonances harmoniques calculées, aux mugissements intenses, au souffle lent et parfois angoissé. Lyrisme torturé pour une narration oscillant entre tensions et échappées belles.
Du Tyrol, Nuances 2011, une pièce en solo d’alto de Daniel Moser. Œuvre brève mais véhémente, grinçante, stridente, aux harmonies délibérément disloquées avec raclements des cordes, bourdonnement de mouches et pizzicati. Les auditeurs en sont restés un peu abasourdis, comme un courant d’air qui ébouriffe tout sur son passage insaisissable.
Sans être dans le même ton, mais avec une aussi intrépide modernité, prend la relève La Métamo Frozen pour viole et piano de Houtaf Khoury. Petit jeu de mot et humour pour cette «transformation», cette «métamorphose» (interprétée pour la première fois au Liban, et on revient hélas à l’adage populaire si brillamment illustré chez nous: nul n’est prophète dans son pays...) qui fait la part belle aux dialogue et conversation entre deux instruments de musique. Agressivité de l’alto qui démarre avec de pesantes interrogations, tandis que les touches d’ivoire égrènent un collier de notes lumineuses et paisibles. Mais les sonorités, après embardées, colères et martèlement des cordes, s’animent progressivement et conjointement puis fusionnent en une impalpable harmonie. Dernières notes douces comme un soupir, tendres comme une complainte qui s’exhale en un murmure à peine audible. Une œuvre à la sensibilité délicate.
Pour conclure, un petit air de romantisme. Romantisme chargé de rêverie, de lumière et de poésie. Qui d’autre que Johannes Brahms pour les dernières mesures? On écoute ici du compositeur des sémillantes Danses hongroises la Sonate n°1 op 120 en fa mineur pour piano et alto. Une des dernières œuvres de Brahms et pour musique de chambre, sans effets de virtuosité, cette œuvre écrite d’abord pour clarinette fut transcrite pour alto.
Plusieurs mouvements (allegro appassionato, andante un poco adagio, allegro graziozo et vivace) pour traduire tous les remous intérieurs d’un musicien qui savait saisir les revirements du cœur et les nuances de l’émotivité. Rythmes et cadences pour un opus vibrant, ondoyant, fluide et d’une incommensurable tendresse. Surtout quand l’alto prend les devants pour un verbe d’une éloquence qui semble brusquement inépuisable.
Belle prestation du jeune altiste (ce qui n’empêche guère de mettre sur la platine l’admirable version de Bruno Pasquier ou Yuri Bashmet pour cette remarquable sonate de Brahms) qui, prenant de l’assurance après le fugitif trac des premières notes, offre en toute modestie et aisance une interprétation digne d’éloge. Avec, bien entendu, la discrète complicité du pianiste Harald Kosik.
Salve d’applaudissements d’un public composé d’amis et de quelques mélomanes, gerbe de fleurs pour les artistes et salut tout en sourire pour un public qui s’élance déjà dans le froid de la nuit...

