L’homme à l’origine du différend, lui, est absent. C’est l’un des quatre frères du président du Majlis, Fazel, filmé à son insu en plein pazarlik avec Saïd Mortazavi, un protégé du chef de l’État. En clair, le marché proposé est le suivant : l’octroi au plus jeune des Larijani d’une usine relevant d’un organisme officiel en échange de la mansuétude des magistrats chargés d’instruire une sombre affaire ayant coûté la vie à trois manifestants décédés en prison, en 2009, et dans laquelle avait trempé l’ex-procureur, alias « le boucher de la presse ». Un surnom parfaitement mérité, son porteur ayant à son actif la fermeture, en l’an 2000, de dix-huit journaux en l’espace de quarante-huit heures. Il lui est reproché en outre d’avoir trempé dans la mort, en 2003, toujours en prison et dans des circonstances obscures, d’une photographe irano-canadienne, Zahra Kazemi.
Malheureusement pour tout ce beau monde, le Fouquier-Tinville persan bénéficie de l’ombrelle tutélaire du président de la République, qui n’a pas digéré l’incarcération de son protégé à la sinistre prison d’Evin, dont il fut jadis le principal pourvoyeur. Certes, l’incident n’aura duré que quelques heures, mais Ahmadinejad, depuis, ne décolère pas. Au point d’en oublier la recommandation du guide suprême : « Étaler au grand jour ses divergences avec d’autres responsables, laisser parler ses sentiments, cela s’appelle une trahison. »
Et commettre un tel crime à quatre mois de l’élection présidentielle, prévue pour le 14 juin, n’est-ce pas mettre en danger l’ensemble du système laborieusement mis en place il y a trente-quatre ans et dont les assises chancellent sous les coups de boutoir de l’homme porté au sommet par l’héritier de l’ayatollah Khomeyni ? Là, on touche au vrai problème auquel la République islamique se trouve confrontée. La guerre qui ne veut pas dire son nom oppose le clergé chiite aux jeunes loups conduits par un président qui n’aura pas cessé en huit ans de planter ses banderilles dans le grand corps malade de cette nomenklatura contestée par la majeure partie de la population.
Que l’on ne se laisse pas leurrer par les apparences : Ali Ardeshir Larijani a beau être un civil, ce fin connaisseur de la philosophie kantienne* est le représentant officiel de la ville sainte de Qom et, à ce titre, proche de la hiérarchie religieuse. Face à lui, le chef de l’État est le héros malgré lui (malgré eux aussi...) des moins de 20 ans, qui représentent – selon le dernier recensement effectué en novembre 2011 et dont les résultats n’ont été publiés qu’en juillet dernier – 32 pour cent de la population, mais avec un taux notoirement élevé de chômeurs, surtout au sein de la catégorie urbaine active. Ahmadinejad peut se payer le luxe de conduire un tel affrontement, lui qui ne peut pas solliciter un troisième mandat et qui, depuis longtemps, est sorti des bois. Il oublie ainsi, l’ingrat, qu’il doit au gardien de la révolution sa réélection de 2009, fortement contestée par la rue et surtout par ses deux adversaires, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi. À l’époque, Khamenei avait tranché en décrétant que le résultat de la consultation équivalait à un « choix divin » et qualifiant tout adversaire potentiel d’« ennemi ». Il doit également à son protecteur d’avoir échappé à la destitution un nombre incalculable de fois, en novembre dernier notamment. Les mollahs veulent par-dessus tout une transition en douceur, à une heure critique pour le régime, et pour cela, ils seraient prêts à passer l’éponge sur les foucades de celui qui, malgré tout ce qui se dit aujourd’hui, aura été nourri au sérail.
Pour sa part, le chef de l’État n’a pas, semble-t-il, mis longtemps à saisir l’importance d’une partie dans laquelle il a bien peu à perdre et tout à gagner. Peu lui chaut que son bras de fer avec les frères Larijani fournisse « des munitions aux médias étrangers à la veille de la présidentielle », ainsi que l’écrit une agence de presse locale.
« Périsse la République... » s’écriait Pierre-Joseph Proudhon. Mais c’était pour une cause autrement plus noble qu’un siège, fusse-t-il présidentiel.
* Parmi ses publications :
Méthode mathématique et philosophie de Kant – La métaphysique et les sciences exactes dans la philosophie de Kant – L’intuition et les a priori de Kant.


Et dire qu'il y a des gens qui croient a la pérennité d'un tel régime Nazi corrompu jusqu'à la moelle des os. Merci, mais nous nous passerons bien et du Fakih et de ses pratiques. Idem pour tout autre Fakih d'ou qu'il soit.
06 h 21, le 07 février 2013