La Cour suprême du Pakistan a lancé hier un mandat d’arrêt sans précédent contre le Premier ministre, fragilisant encore plus un gouvernement impopulaire. La Cour suprême a en effet ordonné dans l’après-midi l’arrestation du chef du gouvernement Raja Pervez Ashraf, accusé avec une quinzaine d’autres personnes de corruption dans une affaire de contrats de fourniture d’électricité illégaux alors qu’il était ministre de l’Énergie.
Cependant, peu après l’annonce de ce mandat d’arrêt, le ministre de l’Information, Qamar Zaman Kaira, a déclaré que « le gouvernement, le ministre de la Justice et le Premier ministre n’ont rien reçu. Il faut bien noter le moment choisi (pour cette annonce). À ma connaissance, le nom du Premier ministre n’est pas mentionné dans la décision de la Cour suprême et le battage médiatique a été créé de toutes pièces », a-t-il ajouté. Proche du président Asif Ali Zardari, M. Ashraf avait été nommé Premier ministre en juin dernier en remplacement de Yousuf Raza Gilani, contraint à la démission par la Cour, la plus haute juridiction du pays, pour avoir refusé de rouvrir une ancienne enquête pour corruption visant le chef de l’État.
En outre, l’un des principaux opposants du pouvoir, l’ancienne star du cricket Imran Khan, a appelé à la démission immédiate du président Zardari et à la convocation dans la foulée des élections prévues au printemps.
Sit-in massif
Coïncidence ou non, le mandat d’arrêt est annoncé alors que le gouvernement se trouve déjà sous la pression, au cœur d’Islamabad, la capitale, de plusieurs milliers de manifestants menés par Tahir el-Qadri, un chef religieux influent qui dénonce l’« incompétence » et la « corruption » de l’équipe au pouvoir. Ce rassemblement est le plus important organisé par l’opposition dans la capitale depuis l’arrivée au pouvoir en 2008 du président Zardari à la fin du régime militaire de Pervez Musharraf, poussé vers la sortie après, notamment, une série de manifestations de la société civile avec l’appui du la Cour suprême.
Arrivé dans la nuit au milieu de ses partisans, M. Qadri avait lancé un ultimatum au gouvernement pour qu’il dissolve rapidement le Parlement fédéral et les assemblées provinciales, première étape d’un processus qui permettrait, selon lui, des élections libres et la démocratisation du pays, miné par les inégalités. M. Qadri a demandé à ses partisans, estimés entre 25 000 et 50 000, selon les autorités, de rester sur place au moins jusqu’aujourd’hui. « Je vous reparlerai avec bon espoir que nous n’aurons plus besoin de rester davantage », a-t-il ajouté, à l’issue d’un discours cinglant où il a fustigé les élites qui confisquent, selon lui, le pouvoir au détriment des masses démunies. Il a jugé le pouvoir et les partis politiques traditionnels en général responsables de tous les maux qui frappent le Pakistan depuis cinq ans, du terrorisme à la pauvreté en passant par la corruption et la crise énergétique.
M. Qadri a en revanche rendu un hommage appuyé à l’armée, régulièrement accusée de jouer un jeu trouble avec certains groupes extrémistes accusés d’ensanglanter le pays, ainsi qu’au pouvoir judiciaire. Ses détracteurs l’accusent d’être manipulé par l’armée, l’institution la plus puissante du pays, ou des pays étrangers afin de faire dérailler le processus électoral et de discréditer les partis traditionnels au moment où le gouvernement civil de M. Zardari achève son mandat de cinq ans, une première dans un pays abonné aux coups d’État. En fin de journée, les manifestants réunis à Islamabad se félicitaient en tout cas du mandat d’arrêt délivré par la Cour suprême contre le Premier ministre.
Tahir el-Qadri, considéré comme un modéré et à la tête d’un important réseau religieux caritatif et éducatif dans le pays, avec des relais à l’étranger, espère d’ailleurs un rassemblement semblable à celui de la place Tahrir au Caire qui avait abouti à la chute du président égyptien Hosni Moubarak en 2011. Des dizaines de milliers de partisans de Qadri venus de différentes régions avec de la nourriture et des couvertures ont donc dormi directement sur l’avenue Jinnah, grande artère commerciale qui fait face au Parlement et qu’il ont gagnée sans difficulté la veille, la police balisant même leur marche. Sur place, la mobilisation frappe par sa structure. Les organisateurs y ont installé une tribune mobile pour leur chef, disposé des ambulances ornées du sigle de la fondation Minhaj el-Quran de M. Qadri et des camions-citernes pour l’eau, le tout à proximité de toilettes publiques. La majorité des manifestants sont venus à Islamabad avec l’aide de la fondation de M. Qadri, leur maître à penser. C’est donc lui, et lui seul, qui mène le bal. S’il leur demande de rester, ils restent. Et c’est ce qui s’est passé hier.
Cependant, peu après l’annonce de ce mandat d’arrêt, le ministre de l’Information, Qamar Zaman Kaira, a déclaré que « le gouvernement, le ministre de la Justice et le Premier ministre n’ont rien reçu. Il faut bien noter le moment choisi (pour cette annonce). À ma connaissance, le nom du Premier ministre n’est pas mentionné dans la décision de la Cour suprême et...


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