Des centaines de milliers de pèlerins menés par des prêtres nus et couverts de cendre s’immergeaient hier dans le Gange. Sanjay Kanojia/AFP
La Kumbh Mela, qui a débuté hier, se déroule pendant 55 jours. À l’aube, à un moment choisi avec soin par les astrologues, des centaines de gourous, dont certains brandissant des épées et des tridents, ont couru vers les eaux tumultueuses et glacées du fleuve sacré, signalant le début des festivités. Des sages aux cheveux entortillés en dreadlocks, des prophètes autoproclamés et des hommes de peu ont afflué de tout le pays en un spectacle chaotique et coloré offrant un rare aperçu de l’étourdissante spiritualité indienne. « Je suis fou de joie. Quand j’entre dans le Gange, je me sens si heureux, c’est un sentiment que je ne peux pas expliquer », témoignait ainsi Mokshanand, un gourou à longue barbe, un rien grelottant après s’être immergé dans le fleuve en sous-vêtements safrans. « Notre vœu le plus cher est qu’il y ait la paix et que les gens prennent soin les uns des autres », confiait pour sa part Naga Sadhu, l’un des nombreux sadhous (sages), qui renoncent à vivre en société pour parcourir les routes en ayant prêté allégeance à Shiva.
Pour les pèlerins, la Kumbh Mela est l’occasion de prier et de se détendre, en compagnie de la famille et des amis, dans une atmosphère fervente et festive. « On a l’impression d’être relié à quelque chose qui est au-dessus de nous », disait Mayank Pandey, un professeur d’informatique de 35 ans.
La Kumbh Mela se tient tous les 12 ans à Allahabad, dans l’Uttar Pradesh (Nord). Des versions de moindre ampleur se déroulent tous les trois ans dans d’autres villes indiennes. Voici trois ans, elle s’était déroulée à Haridwar. Cette fête trouve son origine dans la mythologie hindoue, selon laquelle quelques gouttes du nectar de l’immortalité sont tombées sur les quatre villes qui accueillent ce rassemblement : Allahabad, Nasik, Ujjain et Haridwar. La police attendait donc hier quelque 250 000 pèlerins. Le pic de fréquentation sera atteint le 15 février, jour considéré comme le plus auspicieux par les astrologues, avec 20 millions de dévots attendus. Au total, les autorités estiment que le site recevra la visite de 100 millions d’hindous, soit le même nombre que lors de la précédente fête à Allahabad en 2001.
Quelque 12 000 policiers ont été mobilisés pour guider la foule et éviter les bousculades, fréquentes et parfois meurtrières lors des nombreuses fêtes religieuses en Inde. Près de 7 000 autobus et des centaines de trains spéciaux ont par ailleurs été mobilisés pour acheminer les pèlerins jusqu’à Allahabad, où la rivière Yamuna, extrêmement polluée, se déverse dans le Gange. En dépit de son rôle majeur dans les rites de l’hindouisme, le Gange est victime des méfaits de l’industrie et des implantations humaines sur ses rives, qui transforment rapidement ses eaux claires jaillissant de l’Himalaya en un courant boueux charriant toutes sortes de détritus. Pour des pèlerins tels que Ram Krishna Verma, un paysan de 42 ans venu du Chhattisgarh, à 700 km de là, cette fête marque avant tout un moment solennel : il va déverser les cendres de sa mère dans le Gange. « Elle est morte voici deux mois. Voici sa dernière demeure », a-t-il expliqué.
(Source : AFP)

