Plusieurs milliers de partisans de cheikh Tahir ul-Qadri ont quitté Lahore hier avec l’intention d’atteindre Islamabad, située à plus de 400 km de route, où ils comptent entamer aujourd’hui un sit-in jusqu’à ce que le gouvernement cède. Arif Ali/AFP
Après des années passées à Toronto, la plus grande ville du Canada dont il a aussi la nationalité, Tahir ul-Qadri est rentré fin décembre au Pakistan et a appelé à une mobilisation digne de la place Tahrir, symbole du printemps égyptien de 2011, à partir d’aujourd’hui dans la capitale. Dénonçant la confiscation du pouvoir par les élites de grands propriétaires et industriels, M. Qadri réclame des réformes rapides qui puissent permettre aux élections nationales prévues au printemps d’être « transparentes » et de donner plus de pouvoir aux classes inférieures. « Le gouvernement n’a offert que du terrorisme et de la corruption », lance M. Qadri (61 ans), barbe blanche, lunettes dorées, chapeau rond et plat blanc aux reflets argentés, au siège de son organisation du Minhaj ul-Quran (Le chemin du Coran) à Lahore, un mouvement qui compte plus de 500 écoles coraniques (madrassas) au Pakistan et des antennes dans « plus de 90 pays », dont la France. Plusieurs milliers de ses partisans ont quitté Lahore hier après-midi avec l’intention d’atteindre Islamabad, située à plus de 400 km de route, où ils comptent entamer aujourd’hui un sit-in jusqu’à ce que le gouvernement cède.
Ce dernier a semblé tout faire pour minimiser la mobilisation, déconseillant à M. Qadri de prendre la route et affirmant que les talibans préparaient un attentat contre lui, ce que les rebelles ont démenti. À Lahore, des chauffeurs de bus ont dit avoir été découragés de transporter ses partisans. À Islamabad, des écoles, des commerces seront fermés aujourd’hui, et les autorités, craignant des débordements, ont barricadé l’enclave diplomatique et gouvernementale.
« Je me bats pour le peuple »
Docteur en droit islamique originaire de la ville de Jhang, au Pendjab, Tahir ul-Qadri avait fondé un petit parti politique à la fin des années 1980. Élu député en 2002 sous le gouvernement militaire de Pervez Musharraf, il avait démissionné deux ans plus tard avec fracas et pris la route du Canada, où vit une importante diaspora pakistanaise. Il a depuis sillonné le monde et a été notamment invité au Forum économique mondial de Davos (Suisse). Orateur de talent, ce leader issu de la confrérie musulmane des Barelvis, la plus importante du Pakistan, réputée pour sa tolérance, est l’auteur d’un édit (fatwa) de 600 pages jugeant non islamiques les attentats-suicide, arme de prédilection des talibans, et incarne pour certains « l’islam des lumières ».
Ses détracteurs, du côté du pouvoir notamment, l’accusent de vouloir « semer le chaos » pour préparer le terrain à un retour aux affaires de l’armée, l’institution la plus puissante du pays, qui a rendu le pouvoir aux civils en 2008. D’autres voient en lui un agent de l’Occident inquiet de la montée des extrémistes dans un État doté de l’arme nucléaire, ou un imposteur, car il prétend avoir reçu un message du prophète Mohammad dans un rêve. « Il tente de perturber le processus » électoral, estime Talat Masood, un ancien haut gradé de l’armée, en notant qu’il pourrait séduire certains militaires, bureaucrates ou hommes d’affaires mécontents du système actuel.
Le mandat du gouvernement court jusqu’à la mi-mars, et les élections doivent avoir lieu en principe au plus tard à la mi-mai, voire après si le scrutin devait être reporté, une perspective évoquée par certains observateurs au vu de la hausse actuelle des violences. De la mi-mars à l’arrivée du nouveau pouvoir, un gouvernement intérimaire doit gérer le pays. Tahir ul-Qadri, qui le veut « indépendant », a déjà prévenu qu’il n’était pas candidat pour le diriger, ajoutant : « Je me bats pour le peuple, pas pour moi. »
Par ailleurs, l’explosion d’une bombe hier dans une zone tribale près de la frontière afghane a fait au total 14 tués et 25 blessés parmi les soldats pakistanais, ont indiqué des responsables militaires. L’engin improvisé a frappé un convoi militaire dans le village de Dosali dans la région instable du Waziristan du Nord, une zone considérée comme un bastion des talibans. Selon des habitants, des hélicoptères de combat sont arrivés sur le lieu de l’attentat, qui n’a pas été revendiqué.
(Source : agences)

