Soosan Firooz dans un petit studio local à Kaboul, où elle enregistre son premier album. Shah Marai/AFP
Rien ne semblait pourtant destiner cette réfugiée à une carrière musicale. Ses parents, un père fonctionnaire et une mère illettrée, avaient fui le pays au début des années 90 pour gonfler les camps au Pakistan voisin, puis en Iran, pays où environ sept millions d’Afghans au total s’étaient réfugiés. Après l’invasion de l’Afghanistan en 2001 par une coalition menée par les États-Unis, la famille de Firooz est rentrée au bercail. Adolescente, Soosan a commencé à tisser des tapis pour survivre et a découvert une nouvelle passion : le rap. Ce genre est souvent associé aux jeunes des ghettos américains et aux cités françaises, dont les vies peuvent paraître bien paisibles au regard de celles de millions d’Afghans marqués au fer rouge par la guerre et l’exil. Montrer la vie des Afghans et en particulier celle des femmes, « c’est la raison pour laquelle j’ai voulu devenir une rappeuse », explique Soosan qui pioche dans ses propres expériences.
Dans la chanson Nos voisins, elle revient sur cet exil forcé. « Que nous est-il arrivé dans le pays voisin ? Nous sommes devenus les “sales Afghans”. Dans leurs boulangeries, on nous poussait à la fin de la queue, chante-t-elle. Nous étions perdus, enterrés. » « Des balles, des roquettes, des tirs d’artillerie ont plu sur nos têtes, nos récoltes ont été brûlées, nos arbres asséchés... Nous avions soif et avons bu nos larmes. Nous sommes allés en Europe aspirant à une vie meilleure, mais avons abouti dans des camps pourris », entonne-t-elle encore. Des milliers d’Afghans avaient risqué leur vie pour émigrer clandestinement en Europe, mais s’étaient retrouvés dans des camps de réfugiés des années durant.
La star afghane de la pop Farid Rastagar a composé des musiques pour l’album de Soosan. Déjà une vidéo pour l’une des chansons a été visionnée par des dizaines de milliers d’internautes sur youtube. Mais le rap de la jeune chanteuse n’a pas plu à tous. Des oncles et des membres de la famille élargie de Soosan l’ont accusée de les déshonorer. Et des inconnus l’ont menacée de mort. « Je reçois des appels d’hommes que je ne connais pas. Ils me disent que je suis une “mauvaise fille” et qu’ils vont me tuer, pleure-t-elle. Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? » La jeune rappeuse peut compter sur le soutien de ses parents. Assis à ses côtés, son père Abdul Ghafaar tire d’ailleurs une certaine fierté d’être son « secrétaire personnel ». « Je ne suis pas découragée », assure-t-elle, son père opinant du bonnet. « Quelqu’un devait ouvrir la voie, je l’ai fait, je ne regrette rien et je vais continuer car je veux être la voix des femmes de mon pays », lance l’artiste qui manifestement dérange.
(Source : AFP)

