Fabien Riggall, le créatif directeur et fondateur de la compagnie « Secret Cinema ». Photos Will Oliver/AFP
Mais avant ça, rendez-vous avait été donné à 18h00 dans une bibliothèque de l’est de la capitale. Seules instructions : venir en costume des années 1950 et porter un caleçon long en dessous. À la sortie de la station de métro de Bethnal Green, feutres et costumes croisés se pressent joyeusement pour cette expérience dans l’esprit de The Rocky Horror Picture Show. « Secret Cinema est né de l’idée de créer une expérience dans laquelle vous ne dites rien aux gens, ils n’ont aucune idée de ce qu’ils vont vivre et du film qu’ils vont voir. Ça les rend plus ouverts, plus téméraires », explique Fabien Riggall, 37 ans, le créateur de cette aventure, lancée en 2007. Si les premières productions d’alors ont été vues par quelque 400 participants, la dernière en a accueilli 13 500 au total en novembre.
Dans la bibliothèque, ces spectateurs interactifs découvrent une salle de tribunal plongée dans la pénombre. Les uns après les autres, ils sont condamnés par un juge à la voix de Stentor : « Ed Marshall, enlèvement, huit ans de prison », « Simon Newman, deux ans pour bigamie », sous les rires de l’assemblée. Escortés par des gardiens de prison en uniforme, les 400 condamnés du jour quittent les lieux en file indienne et traversent une rue, sous le regard éberlué des automobilistes. « C’est tellement humiliant », murmure une prisonnière musulmane, portant voile et costume. Un bus d’époque les amène dans le décor suivant, un pénitencier planté dans une école désaffectée. Sous le regard de gardiens postés sur des miradors, des prisonniers en tenue de toile grise et matricule jouent au basket dans la cour, sous le feu de puissants projecteurs. « Vous avez 15 secondes pour récupérer votre tenue de prisonnier », hurle un gardien aux nouveaux arrivants réunis dans un vaste hall. Vient alors un strip-tease imposé et gare à ceux qui n’ont pas suivi les consignes de porter un caleçon long !
« Si vous jouez le jeu, c’est fantastique », témoigne Andy qui a participé à six des 19 productions et juge qu’à « chaque fois, c’est plus impressionnant et plus sympa ». Il s’est ainsi notamment déguisé en Bédouin pour la projection de Lawrence d’Arabie dans un parc londonien ou en patient psychiatrique pour Vol au-dessus d’un nid de coucou projeté dans un hôpital désaffecté. Trente acteurs dramatisent l’univers carcéral en simulant viols et exécutions ou en chantant en soutien d’un prisonnier envoyé au « mitard ». Mais l’ambiance se détend dans l’infirmerie (le bar) qui fournit des médicaments (bière, eau et hamburgers...). Pour Jos, un jeune Néerlandais qui a choisi de vivre à Londres « pour ce genre d’expériences », la magie a opéré. « J’espère que d’autres villes dans le monde vont le faire », dit-il. Un vœu qui deviendra réalité en avril, la 20e production de « Secret Cinema » devant être organisée simultanément dans des sites insolites de Londres – affichant déjà complet –, New York et Athènes.
Après avoir expérimenté l’univers carcéral pendant trois heures, les prisonniers peuvent maintenant assister à la projection du film Les Évadés (1994) avec Tim Robbins et Morgan Freeman. Pour les insatiables de l’aventure, Secret Hotel permettait, pour 30 livres supplémentaires, de rester passer la nuit en cellule. Et pour les fines bouches, Secret Restaurant proposait un repas complet pour 100 livres par tête, avec champagne et bougies. Un scénario spécifique était prévu pour ces « happy few », vêtus de smoking et robes du soir, qui ont traversé la prison sous haute protection au milieu de centaines de détenus hurlants. Frissons garantis...
(Source : AFP)

