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Lifestyle - Arts

Enki Bilal débusque les fantômes du Louvre

Enki Bilal travaillant sur l’une de ses toiles exposées au Louvre. Photo Studio Serbert

Le dessinateur Enki Bilal s’est fait chasseur pendant des mois au musée du Louvre à Paris pour imaginer des fantômes surgis des tableaux. Il dévoile le contenu de sa gibecière : un livre, Les Fantômes du Louvre, et une exposition présentée jusqu’au 18 mars au cœur du musée. Vingt-deux personnages apocryphes au destin tragique ont ainsi émergé des rencontres de l’artiste français avec les œuvres. Leurs visages blêmes, au regard tourmenté, semblent s’échapper des chefs-d’œuvre du musée ou de ses salles. «C’est comme si, au Louvre, on respirait du fantôme», explique l’auteur de BD né à Belgrade en 1951 d’un père bosniaque et d’une mère slovaque.
Il y a un an et demi, Enki Bilal a reçu une «carte blanche» de la part du président-directeur du Louvre Henri Loyrette. L’artiste a arpenté les salles de l’immense palais, les jours de fermeture, se laissant attirer par certaines œuvres. Il a pris quelques 400 photographies de salles ou d’œuvres avec des angles souvent inattendus. Il en a retenu vingt-deux, tirées sur des toiles en grand format. Elles ont servi de fond à ces revenants peints à l’acrylique rehaussée de pastel.
L’artiste a ensuite imaginé dans le détail des destins pour ces personnages. «J’ai fait des recherches sur l’époque, la nourriture, les maladies», explique-t-il. À la Joconde, il a adjoint le fantôme d’Antonio di Aquila, «né en 1475, un amant de Léonard de Vinci, jaloux du jeune assistant Salai préféré par le maître». «Il finit par faire une tentative de suicide au pied de la Joconde inachevée, à laquelle il a rajouté des sourcils», imagine Bilal. Chaque œuvre est ainsi accompagnée d’un long récit de la vie imaginée de ces personnages qui tous périssent de mort violente.
La Victoire de Samothrace, proche de la salle où sont exposées les œuvres de Bilal, a droit elle aussi à son fantôme. Celle d’un sculpteur qui a taillé le corps de la statue en pensant à son épouse décédée mais qui meurt dans un accident de char avant d’avoir terminé son ouvrage. «Je dis au visiteur de se méfier de ce que je lui raconte», tient à préciser Bilal, qui émaille de traits d’humour noir ces biographies. Une représentation en bois du Christ mort (Espagne, XVIIIe siècle) est accompagnée d’un fantôme bien maladroit, le centurion Longinus. Chargé de surveiller le corps du Christ crucifié, ce soldat affligé d’un strabisme prononcé perce le flanc droit de Jésus en voulant repousser un rat. «Les historiens pourraient m’en vouloir. J’ai pris un certain nombre de libertés», sourit Bilal.
De son tout premier contact avec le Louvre, Bilal garde une impression pénible. «C’est le premier musée français que j’ai visité, avec mon père», ancien tailleur du maréchal Tito, réfugié en France. «J’avais dix ans à peine. J’étais fatigué, je ne parlais pas le français. J’en ai un souvenir monstrueux.» «Je l’ai apprécié après, comme lycéen puis comme étudiant aux beaux-arts. J’habite tout près désormais. Si le Louvre n’était pas là, je serais amputé de quelque chose», confie-t-il. «Cette carte blanche m’a donné l’occasion de m’y replonger avec un autre regard, un regard de chasseur», ajoute l’artiste, convaincu que ses fantômes vont rester au Louvre.
Cette exposition dans le plus grand musée du monde devrait encore accroître la visibilité de l’artiste dont les œuvres s’arrachent déjà aux enchères. Ses toiles se vendent désormais au-delà de 100000 euros. En 2007, son Bleu Sang a été vendue 177 000 euros par Artcurial, faisant d’Enki Bilal le dessinateur de BD vivant le plus coté.

(Source : AFP)
Le dessinateur Enki Bilal s’est fait chasseur pendant des mois au musée du Louvre à Paris pour imaginer des fantômes surgis des tableaux. Il dévoile le contenu de sa gibecière : un livre, Les Fantômes du Louvre, et une exposition présentée jusqu’au 18 mars au cœur du musée. Vingt-deux personnages apocryphes au destin tragique ont ainsi émergé des rencontres de l’artiste français avec les œuvres. Leurs visages blêmes, au regard tourmenté, semblent s’échapper des chefs-d’œuvre du musée ou de ses salles. «C’est comme si, au Louvre, on respirait du fantôme», explique l’auteur de BD né à Belgrade en 1951 d’un père bosniaque et d’une mère slovaque.Il y a un an et demi, Enki Bilal a reçu une «carte blanche» de la part du président-directeur du Louvre Henri Loyrette. L’artiste a arpenté les...
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