La lagune de Marapendi à Rio de Janeiro, polluée par les tonnes de déchets qui s’y déversent depuis une quarantaine d’années, s’asphyxie lentement. Début décembre, quatre tonnes de poissons y sont morts. Photos Vanderlei Almeida/AFP
« Jusqu’en 1985, je pêchais dans cette lagune. Il y avait beaucoup de poissons et de crevettes. On n’avait pas besoin de partir en mer. Mais il a fallu y aller quand ils ont commencé à construire ces ensembles résidentiels », raconte Sergio Borel, qui pêche depuis 40 ans dans la région. Début décembre, quatre tonnes de poissons sont morts dans la lagune en raison de la pollution et de la température ambiante de 40°C en cet été austral, explique le biologiste Mario Moscatelli lors d’une visite de la région au lever du jour. « Je vis de la lagune. Quand elle manque d’oxygène les poissons meurent et remontent à la surface. Je ne peux pas développer de projets car personne ne veut se promener dans des eaux sales qui sentent le poisson pourri », déplore Ricardo Herdy propriétaire de l’entreprise EcoBalsas qui assure le transport par bateau des habitants de la région. Ricardo confie qu’il a pensé se défaire de son entreprise, qui comprend également des projets durables comme des cours de sports aquatiques et des promenades éducatives et écologiques.
Écosystème en danger
Outre l’odeur qui prend à la gorge, à certains endroits l’eau de la lagune n’a plus que quelques centimètres de profondeur, contre 12 mètres auparavant. « La lagune de Marapendi a été transformée en latrines il y a une quarantaine d’années », dénonce M. Moscatelli. « Les eaux usées déversées dans la lagune viennent des résidences des riches qui ne les traitent pas correctement », souligne le biologiste. Jusqu’en 2007, rien n’existait pour traiter les eaux résiduelles. Aujourd’hui, le réseau de la Compagnie des eaux ne touche que 60 % des domiciles de la région et même si le raccordement à ce réseau est obligatoire, beaucoup refusent de la faire en dépit des amendes. « Certains résistent parce que cela demande des travaux coûteux », admet Marlene Ramos, présidente de l’Institut de l’environnement de Rio de Janeiro.
La sédimentation des déchets porte préjudice à la navigation et le manque d’oxygène tue les poissons. La pollution menace aussi d’autres espèces comme les hérons et les canards, mais aussi les cabiais et les caïmans.
Promesses...
La dépollution de la lagune a été une des promesses du gouvernement de Rio pour que la ville devienne le siège des JO de 2016. Le gouvernement s’est engagé à retirer les sédiments pollués du fond de la lagune de Marapendi et de quelques autres, plus petites, de la région. Ces déchets pourraient remplir l’équivalent de sept stades Maracana, selon les spécialistes. Les travaux, prévus pour commencer en février et durer deux ans, sont évalués à 300 millions de dollars. La mairie s’est engagée, quant à elle, à construire quatre stations de traitement d’eaux usées dans des rivières de la région, pour un coût de 68 millions de dollars.
« Sans aucun doute il y a une solution pour dépolluer la lagune ; il suffit de le vouloir », affirme M. Moscatelli. « J’espère que je repêcherai un jour des crevettes ici », ajoute plein d’espoir le pêcheur Sergio Borel.
(Source : AFP)

