En lançant sa fusée, Pyongyang a mis devant le fait accompli ses voisins chinois et sud-coréens, deux pays en pleine transition politique. KCNA /Reuters
Au plan national, ce succès assoit l’autorité de Kim Jong-un quelques jours avant le premier anniversaire de la mort de son père, Kim Jong-il, auquel il a succédé, et l’année du centième anniversaire de la naissance de son grand-père et fondateur de la Corée du Nord, Kim Il-sung. « Ce lancement répond au dernier souhait de Kim Jong-il », déclare Yoo Ho-yeol, professeur à l’université de Corée, à Séoul. « Il aide (Jong-un) à resserrer son étau sur le pouvoir et renforce son autorité sur les élites militaires du Nord, s’assurant de leur loyauté et de leur solidarité. »
En procédant à ce tir malgré les appels internationaux à y réfléchir à deux fois, et après un premier essai raté en avril, Kim prouve qu’il n’hésite pas à marcher sur les traces de son père, défiant les sanctions de l’ONU et les conseils de Pékin, son seul allié de poids. Après la mort de Kim Jong-il le 17 décembre 2011, des experts pronostiquaient que Kim, âgé de moins de trente ans selon la presse sud-coréenne, serait trop jeune et inexpérimenté pour inspirer une loyauté solide au sein des élites. D’aucuns prévoyaient même un effondrement du pays. « Ils ont effectué cet essai de tir en sachant parfaitement qu’ils allaient s’attirer critiques, condamnations, voire de nouvelles sanctions », souligne James Schoff, de la Fondation Carnegie pour la paix internationale. « Mais ils espèrent que (le prix à payer en termes de sanctions) ne sera pas trop élevé et que cela leur rapportera beaucoup au plan national », ajoute l’expert. « C’est une revanche après l’échec d’avril. »
La Corée du Nord est un des pays les plus isolés et fermés du monde, et tenter de deviner les raisons d’agir de ses dirigeants est un jeu ardu, réduisant les experts et analystes à n’émettre que des hypothèses. « On ne peut pas encore dire que Kim Jong-un contrôle totalement le pouvoir. Mais ce tir est une plateforme symbolique pour sa position », note Ham Hyeong-pil, de l’Institut coréen des analyses de défense. Plusieurs analystes estiment cependant que ce geste de défiance va plonger encore un peu plus les Nord-Coréens, hors de la capitale, réservée aux élites, dans la misère. « C’est un plus sur le court terme, mais à long terme, ça ne va pas beaucoup les aider », juge Gordon Flake, directeur de la Fondation Mansfield, qui conseillait le président américain Obama sur la Corée lors de sa première campagne. « Ça va aider (Kim Jong-un) avec les militaires. Mais je ne sais pas si cela résoudra les problèmes auxquels il doit faire face. En matière de capacité à nourrir la population, de développement ou d’ouverture économiques, cela paralyse encore un peu plus » le pays, ajoute Gordon Flake.
Ces derniers mois, la presse sud-coréenne faisait état de troubles civils au Nord (des informations non confirmées) et les experts ont noté des discours plus musclés de la part du dirigeant, appelant les autorités à étouffer toute contestation.
Le Conseil de sécurité pourrait aggraver les sanctions sur Pyongyang, ce qui accroîtra l’isolement du Nord au cours des prochaines années. « Mais sur le long terme, une fois la poussière retombée, la Corée du Nord et les États-Unis n’ont pas d’autre solution que d’ouvrir le dialogue », estime Kim Yong-hyun, de l’université Dongguk. Il juge peu probable un troisième essai nucléaire, comme le Nord l’avait fait lors de deux essais de tirs de missiles, en 2006 et 2009. « Je ne pense pas qu’on aura un essai nucléaire. Ils vont observer une pause. »
(Source : AFP)


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03 h 38, le 15 décembre 2012