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Moyen Orient et Monde - Indonésie

Taxés d’hérétiques, les chiites réduits à l’état de parias

« Ne sommes-nous tous pas des musulmans ? » Suleha est réfugiée depuis des mois dans un gymnase infesté de mouches, après avoir été chassée de son village par une foule qui a tué son père à coups d’épée. Son crime ? Être chiite en Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde, où la majorité sunnite fait la loi.
Plusieurs centaines de sunnites armés de faucilles et d’épées s’en étaient alors pris aux chiites, incendiant une trentaine de maisons et tuant à coups d’épée l’un d’eux, le père de Suleha. Tohir, le frère de la victime, se souvient : « Ils lançaient des pierres et criaient “Brûlez les chiites” et “Tuez les chiites”. Mon frère a tenté de les calmer mais ils l’ont tué. Je me suis précipité pour tenter de le sauver mais ils s’en sont pris à moi aussi », dit-il en montrant une longue cicatrice laissée sur son dos et son ventre par un coup de faucille.
Ils sont environ 200 chiites à avoir trouvé refuge dans le terrain de tennis couvert du district de Sampang, dans l’est de l’île de Java. Sur des matelas fins comme des tatamis, installés à même le sol, ils dorment ici depuis le mois d’août. Il y a peu, les autorités ont cessé de leur fournir eau et nourriture, les forçant à puiser dans leurs maigres ressources pour s’acheter de quoi survivre. Rohah, mère de famille de 21 ans, a vendu la seule chose qu’elle a pu sauver quand elle a fui son village, une bague en or, pour pouvoir acheter de quoi se nourrir, elle et sa famille. Mais l’argent a vite été épuisé. « Je ne peux plus acheter de lait. Mon bébé boit de l’eau maintenant. » « Nous ne voulons pas vivre comme des réfugiés. Nous voulons rentrer chez nous le plus vite possible, dans le village qui nous a vus naître », explique Suleha, une mère de famille de 22 ans.
Mais à cela, les autorités locales et religieuses posent une condition : qu’ils se convertissent au sunnisme, courant majoritaire de l’islam pratiqué en Indonésie. S’ils ne le font pas, qu’ils quittent la région. « Ce sont des hérétiques. À Sampang, ils vont de village en village pour promouvoir leurs idéologies déviantes et convertir nos coreligionnaires sunnites », accuse le président local du tout-puissant Conseil indonésien des ulémas (MUI), Buchori Maksum. « Ce sont de véritables provocateurs. » Le MUI de la province de Java-Est, fief historique du sunnisme indonésien, a édicté en janvier une fatwa (décret religieux) les proclamant hérétiques. « Les chiites ne sont pas les bienvenus dans la communauté, à moins qu’ils se convertissent au sunnisme », renchérit Munaji, chef d’un village de Sampang.
La divergence entre ces deux courants de l’islam trouve son origine dans la succession de Mohammad : les chiites estiment que son cousin et gendre Ali a été désigné par le Prophète pour lui succéder, tandis que, pour les sunnites, la succession revenait au calife désigné par les proches compagnons de Mohammad. À l’échelle mondiale, le chiisme représente environ 10 % de l’islam, le reste étant sunnite. En Indonésie, le nombre de chiites est difficile à évaluer, ces adeptes devant très souvent pratiquer leur culte dans la clandestinité.
Dans l’immense archipel asiatique de 240 millions d’habitants, les chiites font régulièrement l’objet d’intimidations, voire d’agressions, au même titre que les autres religions minoritaires comme la secte musulmane des Ahmadis ou les chrétiens. Selon les organisations des droits de l’homme, l’intolérance religieuse serait même de plus en plus courante : l’Institut Setara pour la paix, une ONG, a ainsi dénombré 308 « incidents » touchant des religions minoritaires (agressions ou fermeture de lieux de culte par exemple) durant le seul premier semestre de cette année, soit une nette hausse par rapport à 2011 (543 cas sur l’ensemble de l’année), 2010 (502) ou 2009 (491).
Le procès d’un dignitaire religieux sunnite, accusé d’agression et d’homicide volontaire, a démarré début décembre. Il est passible d’une peine allant jusqu’à vingt ans de prison, mais les militants des droits de l’homme soulignent que les juges font souvent preuve de clémence dans ce genre de dossier. Pendant ce temps, la patience vient à manquer aux réfugiés de Sampang. Et le risque d’une escalade se fait sentir. « Au Nouvel An, nous prévoyons de retourner dans notre village, avertit Iklil el-Melal, représentant du groupe abrité dans le court couvert. Nous sommes prêts à la confrontation. Nous n’avons rien à perdre. »
(Source : AFP)
« Ne sommes-nous tous pas des musulmans ? » Suleha est réfugiée depuis des mois dans un gymnase infesté de mouches, après avoir été chassée de son village par une foule qui a tué son père à coups d’épée. Son crime ? Être chiite en Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde, où la majorité sunnite fait la loi.Plusieurs centaines de sunnites armés de faucilles et d’épées s’en étaient alors pris aux chiites, incendiant une trentaine de maisons et tuant à coups d’épée l’un d’eux, le père de Suleha. Tohir, le frère de la victime, se souvient : « Ils lançaient des pierres et criaient “Brûlez les chiites” et “Tuez les chiites”. Mon frère a tenté de les calmer mais ils l’ont tué. Je me suis précipité pour tenter de le sauver mais ils s’en sont pris à moi aussi », dit-il en...
commentaires (8)

Il serait peut être plus moderne au 21 siècle... que les pays arabes séparent le droit civil du droit religieux...

M.V.

07 h 45, le 13 décembre 2012

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Commentaires (8)

  • Il serait peut être plus moderne au 21 siècle... que les pays arabes séparent le droit civil du droit religieux...

    M.V.

    07 h 45, le 13 décembre 2012

  • C'est là tout le problème, toute la cata du wahhabisme, courant généré par m. ben abdelwahhab, cofondateur de l'arabie saoudite en trouvant une alliance avec le ben saoud d'alors. cette "secte" qui reconduit au salafisme islamique; à l'observation de la charia, qui rejette tous les autres courants de l'Islam, notamment le soufisme et surtout le chiisme qu'elle considèrent comme étant hérétiques et les autres minorités comme importés et vivants de manière euh.. "végétale" sur les terres pures de l'Islam. C'est le début de la doctrine Takfiriste (qui considère comme impies les autres) et salafiste (retour au salaf donc à la lecture stricte du Coran selon les plus anciens) ou seuls eux sont du coté de dieu et de la vérité, une sorte de peuple élu (ça vous rappelle quelqu'un??) et les autres bon à être éliminés ou à soumettre à la volonté d'Allah que seuls eux représentent sur terre. Et dire que ces doctrines sont aujourd'hui "utilisées" par les "alliés" occidentaux qui n' y voient que du noir (le pétrole bien sûr) pour chercher à dominer la région et le monde d'un coté et de l'autre créer ou bon leur semble des guerres tribales et confessionnelles! c'est y pas beau tout ça?? hein?

    Ali Farhat

    15 h 54, le 12 décembre 2012

  • I N A C C E P T A B L E !!! Il est temps que l'islam se dote d'une seule référence et ne permettent plus a n'importe quel imam de sortir des inepties comme nous les entendons. C'est indigne de l’être humain!

    Pierre Hadjigeorgiou

    06 h 42, le 12 décembre 2012

  • Haine séculaire ! Et, taxés d'hérétiques ! Le fanatisme dans toute son abjection...

    SAKR LEBNAN

    04 h 52, le 12 décembre 2012

  • Mais qu'est ce qu'on a à foutre des indonésiens?? De leurs chiites, chrétiens, boudhistes ou autres... On s'en tape.. Restons chez nous et notre environnement proche: cad le liban, la syrie et Israel + les iraniens puisque leur milice est omni-présente chez nous, malgré nous. Voilà les pays qui importent et qui, malheureusement impactent notre quotidien et futur au Liban. Les autres? BOF

    jean-Pierre EL KHOURY

    04 h 39, le 12 décembre 2012

  • De la même Manièèère que les Sunnites dans l'Iran de ces mollahs "Pers(c)és".

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    02 h 41, le 12 décembre 2012

  • Quand les instints animaliers...

    SAKR LEBNAN

    02 h 22, le 12 décembre 2012

  • le calendrier indonésien s'est arrêté au VII ème siècle...

    GEDEON Christian

    19 h 57, le 11 décembre 2012

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