La bataille rangée depuis dix jours au sein de la première formation d’opposition française pour le poste de chef du parti UMP semblait hier soir en voie d’apaisement, après un début de rapprochement entre les camps Copé et Fillon, imposé par Nicolas Sarkozy, son ex-patron. L’ex-chef d’État, très discret depuis son échec à la présidentielle en mai, « est excédé par l’image dévastatrice du spectacle » donné par l’UMP (Union pour un mouvement populaire, droite) depuis l’élection controversée du 18 novembre, a affirmé un de ses proches sous couvert d’anonymat.
Les deux protagonistes du conflit qui met en péril l’UMP, Jean-François Copé et François Fillon, se sont rencontrés hier après-midi. Le premier, qui refusait tout nouveau scrutin, et le second, qui le réclamait, semblent être désormais d’accord sur l’organisation d’un référendum en décembre ou en janvier pour demander à leurs militants s’ils veulent une nouvelle élection.
Dans la seule journée d’hier, Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP sortant et déclaré nouveau président par des instances internes controversées, est passé du refus d’un nouveau scrutin, jugé incompatible avec les statuts de l’UMP, à l’offre d’un référendum sur celui-ci.
« C’est une bonne chose que Jean-François Copé et François Fillon se soient rencontrés (...). Mon sentiment c’est qu’on est en voie de sortie de crise. Mon sentiment personnel c’est que l’on ne s’en sortira pas sans revoter. Mais qui peut le décider ? C’est aux militants de décider eux-mêmes », a déclaré de son côté Alain Juppé, fondateur de l’UMP : « L’organisation d’un référendum serait sans doute une bonne chose », a-t-il ajouté. Il a ensuite salué le rôle de l’ex-président Nicolas Sarkozy : « Je suis heureux qu’il ait pu s’engager pour arrêter ce qui était un jeu de massacre insupportable. »
Parallèlement, François Fillon, ex-Premier ministre, a annoncé la création d’un nouveau groupe de députés, baptisé Rassemblement-UMP, pour finir par l’acceptation du référendum, sous réserve qu’il soit organisé « avec des garanties strictes d’impartialité » et la mise en place d’une « direction collégiale » pour l’organiser. Il avait entre-temps pris soin de dire que son nouveau groupe serait dissous dès qu’une nouvelle élection serait convoquée.
Les statuts de Rassemblement-UMP devaient être déposés sur le bureau de l’Assemblée nationale. Mais « rien n’est irréversible », a souligné l’un des proches de l’ex-Premier ministre, Jérôme Chartier. Après avoir menacé de saisir les tribunaux s’il n’obtenait pas satisfaction, François Fillon n’en a plus du tout évoqué la perspective. Selon une source proche de Nicolas Sarkozy, ce dernier, tout en étant en faveur d’un nouveau scrutin, a fait savoir son opposition à cette saisie judiciaire pour un conflit interne à son mouvement.
Créer un nouveau groupe à l’Assemblée est une manière de faire « chambre à part », a expliqué le filloniste Dominique Dord. Depuis le début de la crise, les commentaires ironiques sur l’UMP et « ses deux papas », allusion à l’opposition de ce parti au projet de légaliser le mariage homosexuel, font florès en France sur les réseaux sociaux. Pour le président pro-Copé du groupe UMP à l’Assemblée, Christian Jacob, un nouveau groupe parlementaire signifierait « l’éclatement de l’UMP ». « Ce serait irréparable. Cela n’a pas de sens d’avoir un parti et deux groupes parlementaires », a-t-il relevé.
Près de 70 députés sont tentés par le nouveau groupe de François Fillon, sur les 194 que compte l’UMP. Au-delà de l’impact politique, cette création, si elle est menée à son terme, aurait des conséquences financières, l’État accordant annuellement aux partis environ 42 000 euros par député s’en réclamant. Au Sénat, les fillonistes sont majoritaires parmi les 131 sénateurs de l’UMP.
Ébahis par le déballage de « Grandes haines » par des « Kamikazes » – les deux titres des hebdomadaires Le Point et L’Express –, la gauche au pouvoir, les centristes et le Front national (extrême droite) restent à l’affût, prêts à tirer les marrons du feu qui ravage l’UMP.
Au-delà du poste de patron du premier parti d’opposition au socialiste François Hollande, l’enjeu vise surtout pour MM. Copé et Fillon l’obtention d’un tremplin pour la prochaine élection présidentielle de 2017.
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07 h 07, le 28 novembre 2012