Depuis le début du printemps arabe, c’est la première fois que des slogans visent directement le roi Abdallah II. Muhammad Hamed /Reuters
« Le peuple veut la réforme du régime. Liberté, à bas Abdallah », ont scandé à Amman quelque 10 000 manifestants, parmi lesquels des islamistes, des militants de gauche et des mouvements de jeunesse. « La liberté vient de Dieu. Abdallah, ton temps est révolu » ou « Le peuple veut la chute du régime. Abdallah, il faut réformer ou partir », ont-ils encore crié devant la mosquée Husseini, dans le centre de la capitale, alors que les appels au départ du roi ou les insultes contre sa personne sont passibles de prison. La police a empêché les manifestants de prendre la direction du palais, situé à environ 8 km du lieu de rassemblement, sans que cela n’entraîne de heurts.
« Le nombre de ceux qui réclament la chute du régime est en train d’augmenter à cause des politiques erronées qui ne tiennent pas compte des exigences du peuple », a déclaré Zaki Bani Rsheid, un dirigeant des Frères musulmans jordaniens, principale force de l’opposition, prévenant que « cela ne peut pas et ne doit pas être ignoré. Le régime doit mener des réformes avant qu’il ne soit trop tard ».
À Baqaa, le plus grand camp de réfugiés palestiniens du pays, près de Amman, 2 000 personnes ont en outre manifesté contre la hausse des prix. La police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser 200 manifestants qui lançaient des pierres et tentaient de bloquer la route principale du camp, a déclaré à un responsable de la sécurité. Des manifestations similaires mais de moindre ampleur ont eu lieu à Tafileh, Kerak et Maan, ainsi qu’à Irbid et Jerash.
Un nouveau rassemblement prévu en début de soirée près du ministère de l’Intérieur a tourné court : les manifestants n’étaient qu’une centaine, face à 2 000 policiers antiémeute interdisant l’accès à la zone et à 200 loyalistes qui ont fait fuir les opposants.
Rappelons que le gouvernement jordanien a décidé mardi soir d’augmenter les prix de l’énergie, jusqu’à 53 % pour le gaz domestique et 12 % pour l’essence, afin de faire face à un déficit budgétaire de 5 milliards de dollars. La mesure a provoqué des manifestations qui ont dégénéré mercredi et jeudi en violences ayant fait, selon la police, un mort et 71 blessés, dont 54 policiers. Plus de 150 personnes ont été arrêtées au cours des deux jours, dont 30 ont été remises en liberté vendredi, selon un communiqué de la police.
Les Frères musulmans ont demandé au roi d’annuler la hausse des prix de l’énergie et de reporter les élections législatives anticipées prévues le 23 janvier. La confrérie avait déjà annoncé son intention de boycotter ces élections, en l’absence des réformes qu’elle réclame sur le mode de scrutin et sur les pouvoirs du Parlement. Malgré ces troubles, la diplomatie américaine a estimé jeudi que la Jordanie restait un « partenaire stratégique important ». Mais les États-Unis et l’Arabie saoudite ont appelé leurs ressortissants à éviter les lieux de rassemblement en Jordanie.
(Source : AFP)


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07 h 02, le 18 novembre 2012