En arrivant à Londres, Tsonga savait que le Masters ne serait pas une partie de plaisir, même s’il ne l’a pas avoué. Avec aucune victoire sur un joueur du top 8 cette année, le Manceau était là pour préparer la saison suivante, plus que pour réitérer son parcours exceptionnel de l’an passé lorsqu’il avait atteint la finale face à Roger Federer.
Si l’on compare le Masters 2011 avec celui de l’édition 2012, la différence est nette. Sa première balle, son coup droit et son esprit de combattant lui permettent de bousculer n’importe quel adversaire, mais la moindre baisse de régime dans ces points forts a fait ressortir ses faiblesses dans le jeu. La principale est sans doute sa seconde balle de service. En 2011, Tsonga avait 55 % de réussite derrière ce coup dans les matches de poule du Masters. Cette année, il n’a pas dépassé les 50 % (48 %). Autre point de régression : son retour de service. Le Français a réussi trente coups de moins entre 2011 (85) et 2012 (56), notamment en revers où il fut souvent vite dépassé. Au Masters, comme souvent cette saison, le Français n’a joué du grand tennis que par séquences, insuffisantes pour inquiéter des joueurs plus réguliers que lui, à l’image des métronomes Djokovic et Murray.
Onze semaines à la cinquième place
Depuis un moment, Jo-Wilfried Tsonga tourne autour du pot. Dans son jeu, dans sa tête. Le Français se cherche plus un moyen de réussir plus qu’un résultat. Et le bilan comptable en cette fin 2012 est implacable. Resté sans entraîneur attitré tout au long de la saison, le numéro un tricolore a finalement reculé de deux rangs par rapport à l’année dernière : de sixième mondial, le Manceau terminera l’exercice 2012 au huitième rang. C’est toutefois mieux qu’en 2009 (10e) et 2010 (13e), mais toujours moins bon qu’en 2008 (6e). Ce classement, qui est tout de même honorable, reste toutefois en contradiction avec ses prétentions de joueur qui veut toquer à la porte du top 4 mondial et remporter un titre du grand chelem. Le Français s’en est rapproché en tout cas ce printemps en restant onze semaines (non consécutives) à la cinquième place mondiale, son meilleur rang en carrière avec la satisfaction d’être le sixième Français de l’histoire ATP à l’avoir atteinte. Quand même.
Cinquante-cinq victoires en 2011 et... 2012
Cette année plus que l’an passé, Tsonga n’a pas montré les signes ostensibles qu’il pouvait aller au-delà de cette cinquième place mondiale, comme tous ceux qui suivent le fameux Big Four d’ailleurs. Conscient de sa stagnation au plus haut niveau, le Français a pris le taureau par les cornes en s’attachant les services d’un coach. Aux côtés de Roger Rasheed pour la saison à venir, Tsonga devra donc honorer cette obligation de résultats pour faire meilleure figure face aux tout meilleurs joueurs du circuit, point essentiel s’il veut rebondir au classement ATP. Cette année, là aussi le bilan est impitoyable en mettant à jour une nette régression qui peut entrer en contradiction avec la vision de JWT sur sa saison. En 15 matches face aux membres du top 10, le Français n’a donc qu’une seule victoire à son actif cette année : face à Juan Martin Del Potro (alors neuvième mondial) à Rome. L’an passé à la même période, il accusait 9 succès en 21 rencontres. Un manque de réussite qui explique en partie son classement en recul.
Pourtant, la contradiction est ici : le Français ne vous dira pas qu’il a fait une mauvaise saison car il a remporté deux titres en quatre finales jouées, a joué une demi-finale à Wimbledon, un quart à Roland-Garros et décroché une médaille d’argent en double messieurs aux Jeux olympiques. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg 2012. Car à côté de cela, les frustrations ont été nombreuses : des éliminations précoces à l’Open d’Australie et l’US Open, aucune place dans le dernier carré d’un Masters 1000 et quelques déconvenues face à des joueurs moins bien classés, comme Tommy Haas (134e) à Munich, David Nalbandian (74e) à Indian Wells ou encore Ivan Dodig (69e) au Queen’s.
Son bilan de 2012 n’en a pas souffert pour autant. Il pourra toujours dire à ses détracteurs qu’il a gagné autant de matches que l’an passé (55) pour une défaite de plus (25 contre 24) en 26 tournois disputés (25 en 2011). Tsonga a eu le don de cultiver le paradoxe jusqu’au bout.

