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Culture - Livres

La shakespearienne qui fait pleurer Margot

Les récits amoureux avec leur kyrielle de grands frissons, coups de foudre et autres extases sentimentales se sont soudain propulsés dans les best-selllers, avec une écrivaine pas du tout comme les autres.

Mary Bly, alias Eloisa James.

Elle dit tout de go: «J’ai deux identités. En tant que Mary Bly, je fais partie de la gent intellectuelle, enseignant Shakespeare à l’Université de Fordham. Je porte des lunettes à monture rouge, des manteaux en tweed et je brandis mes livres comme une arme; mais je suis aussi Eloisa James, une romancière dont les 19 derniers ouvrages figuraient dans la liste des best-sellers. Comme Eloisa, je suis plus agréable (tenues roses et parfois des sequins)...»
Cette double identité est magnifiquement assumée par cette cinquantenaire et très respectable professeur de littérature (diplômée de Harvard, titulaire d’un master en philosophie de l’Université d’Oxford et d’un doctorat de l’Université de Yale), répondant au nom de Mary Bly. Un statut qu’elle a conservé tout en se dédoublant en auteure de romans à l’eau de rose qui, jusqu’à aujourd’hui, connaissent un énorme succès. C’est la nécessité qui a été le catalyseur de sa seconde carrière. Son mari avait souhaité ne pas avoir un deuxième enfant avant que tous deux ne terminent de payer les emprunts leur ayant permis de poursuivre leurs études. Pour activer ce processus, elle s’est mise à écrire des histoires attrayantes et aux intrigues prenantes. Cela a coulé de source, car elle était imprégnée de l’atmosphère de son enfance, écoulée entre un père éminent poète et une mère nouvelliste et où le petit écran, absent, était remplacé par une bibliothèque comportant 5000 ouvrages. Elle avait alors obtenu de son père la permission de lire une histoire romancée (dont elle raffolait), après avoir lu un titre classique. Et, comme ses parents, elle a envoyé ses manuscrits à des maisons d’édition. Bien sûr avec un pseudonyme: Eloisa James. Son premier ouvrage est accepté, le deuxième aussi et le troisième, etc.

 

Du succès en badinant avec l’amour
On aime ses trames et ses visions roses placées dans un contexte historique, puisées dans son travail de professeur de littérature anglaise. Elle en a situé la plupart dans l’Angleterre de la Régence (1811-1820). Les livres ont pour titre : Un baiser à minuit, Quand la belle a apprivoisé la bête, Le Duc est à moi, L’Assaut du château, Séduite par un pirate, Faire tapisserie. Ses héroïnes sont bien en chair et toujours bien entourées de bonnes amies et de sœurs aimantes. Les héros sont en général irrésistibles et forts de caractère, mais elle ne manque pas de révéler leurs côtés sombres, comme chez tout un chacun, tel celui qui a dû annuler son mariage à cause de ses défaillances viriles. Elle bâtit ses caractères, en principe des stéréotypes de ce genre de littératures, avec du piquant, du romantisme, du faire pleurer Margot et du conter fleurette quelque peu recherchés. Ce qui est naturel chez elle, pour avoir passé la plupart du temps à enseigner la littérature de l’époque shakespearienne, dont ses personnages sont inspirés. Elle a adopté le style de langage que l’on parlait alors. Et ainsi, lorsqu’elle a essayé de rédiger une histoire contemporaine, elle n’a pas pu la continuer, car elle a eu de la difficulté à restituer les voix d’aujourd’hui.
Être ou ne pas être... shakespearienne. Sans hésiter, elle l’est tout en badinant avec l’amour. Tant et si bien qu’elle vient d’être invitée à donner une conférence (en tant qu’Eloisa James) au Festival national du livre, dont l’un des invités n’était autre qu’un prix Nobel de littérature: Mario Vargas Llosa.

Elle dit tout de go: «J’ai deux identités. En tant que Mary Bly, je fais partie de la gent intellectuelle, enseignant Shakespeare à l’Université de Fordham. Je porte des lunettes à monture rouge, des manteaux en tweed et je brandis mes livres comme une arme; mais je suis aussi Eloisa James, une romancière dont les 19 derniers ouvrages figuraient dans la liste des best-sellers. Comme Eloisa, je suis plus agréable (tenues roses et parfois des sequins)...»Cette double identité est magnifiquement assumée par cette cinquantenaire et très respectable professeur de littérature (diplômée de Harvard, titulaire d’un master en philosophie de l’Université d’Oxford et d’un doctorat de l’Université de Yale), répondant au nom de Mary Bly. Un statut qu’elle a conservé tout en se dédoublant en auteure de romans à...
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