Une vue de la rencontre. Photo Michel Sayegh
Elle se nomme l’irrégulière, la rebelle... Des attributs qui ne semblent guère lui convenir. Comment ce petit bout de femme peut-il assumer autant d’insinuations, d’allusions, d’existences? Son corps si frêle, sa taille minuscule ne laissent rien deviner d’une vie exceptionnelle. C’est son visage trituré, sur lequel les rides s’enchevêtrent, s’entassent à la manière des pages empilées d’un manuscrit inachevé, qui porte la révélation. Ce visage ? Une feuille, mille fois raturée, où la vie a écrit... un destin.
Au Salon, une conférence-hommage était consacrée à la présidente de l’Académie Goncourt. De portrait en chronique, puis en biographie, l’itinéraire imprévisible de cette fille d’ambassadeur bourgeois, dérivée en infirmière trafiquante d’armes (!) pour le compte de la Résistance française, réhabilitée en journaliste de mode, sublimée en romancière, a tenu l’auditoire en haleine.
L’auteure d’Oublier Palerme s’étonne d’être le pôle d’attraction de toute une époque. Pourtant Fifi Abou Dib, Alexandre Najjar, Nayla Hachem et Georgia Makhlouf peinent à trouver des mots assez éloquents pour exprimer l’admiration collective vouée à Edmonde Charles-Roux.
Leur vote fut unanime: cette petite femme est une œuvre vivante. Tout un roman.
Nidal AYOUB
Association francophone
de journalisme (AFEJ)
Une voix ON, mais un volume à hausser
«La voix des jeunes dans les médias: ON ou OFF?». Un titre accrocheur pour un débat qui a tenu le public en haleine durant 1h30. Avec un panel composé de Carmen Labaki, réalisatrice et productrice; Roula Azar Douglas, journaliste responsable de L’Orient des Campus; Julnar Doueik, cofondatrice de Heber (encre) et de Altcity; et Pierre Rabat, présentateur et producteur à la MTV, le débat ne pouvait qu’attirer les jeunes et... quelques moins jeunes aussi sur la question de «la place accordée à la jeunesse dans les médias libanais», comme l’a souligné d’emblée la modératrice de la séance, Nidal Ayoub. Journaliste et vice-présidente de l’AFEJ (Association DES francophone de journalisme) qui organise l’événement, elle a tout de suite mis le doigt sur la plaie en notant que « l’expérience de Sawtouna (Notre voix), émission authentique de jeunes et sur les jeunes réalisée par Carmen Labaki sur la LBC, a duré 4 ans puis a été interrompue faute de financement, de même que feu le journal Heber qui a fait long feu, malgré l’engouement qu’il avait créé chez certains jeunes». Même logique, même public et donc même destin pour ces deux parutions. S’adresser à la jeunesse ne vendrait donc pas? «Si», confirme Roula Azar Douglas en racontant que L’Orient des Campus, qui était d’abord distribué comme un supplément mensuel de L’Orient-Le Jour, fait désormais partie intégrante du quotidien où il paraît chaque semaine pour le grand plaisir des lecteurs de tous âges. «Dans Campus, nous faisons parler les jeunes des questions qui les intéressent comme le travail, les études, la sexualité, les sorties... Nous leur donnons la parole, mais parfois “eux” ne veulent pas la prendre!»
Dépasser le défaitisme
«Dans un pays où rien ne va, où l’eau et l’électricité sont encore un combat au quotidien en plein XXIe siècle, comment voulez-vous que nous ne soyons pas défaitistes?» lance Farah du public. «Nous en avons marre! Marre que les médias nous décrivent comme de simples brûleurs de pneus ou partisans aveugles de tel ou tel parti politique! La politique ne nous intéresse pas autant que cela. C’est une fausse image qu’on donne de nous», ajoute Racha, étudiante en Infocom à l’USJ. «En fait, les jeunes portent sur leurs épaules les problèmes du pays avant de porter leurs propres fardeaux», souligne Pierre Rabat. Optimiste, il affirme: «Les médias vous écoutent et portent votre voix, comme le montrent souvent la MTV et dernièrement l’émission Ideaz Prize.» «Il suffit de s’accrocher, renchérit Julnar Doueik. D’ailleurs, les médias alternatifs, les réseaux sociaux... sont là pour ça.» Quelles solutions? «Mais les médias, souligne la responsable de Campus, n’apportent pas de solutions. Ils braquent les projecteurs sur le problème, sensibilisent les décideurs et l’opinion publique. C’est à ces derniers d’agir.» Il est 20h30. Il est vraiment temps de clôturer le débat. On baisse le volume. On le haussera bientôt pour la suite d’un dossier dont il faut porter la voix.
Elsa YAZBEK CHARABATI
Présidente de l’AFEJ


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