Au cours des 20 dernières années, la Chine et l’Inde ont tous deux connu un rapide développement, mais la plus forte croissance économique de la Chine et son nouveau statut de puissance mondiale n’ont fait que renforcer les craintes indiennes liées à la guerre éclair qui débuta dans la nuit du 19 octobre 1962. « Il n’y a aucun doute que la guerre continue de jouer un rôle-clé dans la définition de nos relations diplomatiques avec la Chine », estime ainsi Sreeram Chaulia, qui dirige la Jindal School of International Affairs près de New Delhi. « Un sentiment d’insécurité domine les relations. L’Inde n’oubliera jamais la guerre et ne pardonnera pas à la Chine d’avoir pénétré si loin sur son territoire », estime cet expert.
Depuis un quart de siècle, le problème frontalier a fait l’objet de 14 cycles de négociations, en vain, et les tensions restent fréquentes le long de la frontière. Selon des responsables de l’armée indienne, les armées des deux pays ont hissé leur drapeau national près de la frontière. « Cinquante ans après, l’Inde court toujours derrière la Chine, qui est loin devant en matière de sécurité et d’économie », analyse G. Parthasarthy, officier à la retraite et ancien diplomate. La dernière forte crispation date de 2009 lorsque la Chine a vivement protesté après une visite du Premier ministre indien Manmohan Singh, en campagne électorale dans l’Arunachal Pradesh, un État que la Chine place sur sa carte comme une partie du Tibet.
En outre, les deux camps s’accusent mutuellement de renforcer leur présence militaire dans la zone. Environ 20 000 soldats indiens y sont déployés et New Delhi marque aussi sa présence en y construisant des routes pour améliorer les infrastructures logistiques.
Avec la priorité donnée à la croissance, un autre conflit semble toutefois improbable d’autant que les deux puissances ont décidé le mois dernier de reprendre des manœuvres militaires conjointes. « Nous avons atteint un consensus très important pour promouvoir le partenariat stratégique et amical », a commenté le ministre chinois de la Défense, Liang Guanglie, après un entretien avec son homologue indien, A.K. Antony.
Sur le front économique, l’Inde a invité la Chine à investir dans de nouvelles zones industrielles, un geste visant à élargir les liens commerciaux et à réduire leur fort déficit commercial.
Certains analystes estiment que la rivalité s’est transformée en une guerre de proximité dans de petits pays de la région, la Chine tentant d’augmenter son influence au Pakistan, au Népal, en Birmanie et au Sri Lanka. « Avant, ils s’opposaient pour un petit territoire, aujourd’hui, ils luttent pour une domination régionale », juge Nani Gopal Mahanta, professeur de science politique dans l’Assam dans le Nord-Est.
Selon un récent sondage du Centre de recherche basé à Washington, Pew Research Center, une écrasante majorité de Chinois se méfie de la croissance de l’Inde et a une opinion négative du pays (62 %).
(Source : AFP)

