Rechercher
Rechercher

Culture - Distinction

Mo Yan, le Rabelais chinois

Le prix Nobel de littérature 2012 a été décerné hier à l’écrivain chinois Mo Yan pour son « réalisme hallucinatoire qui unit conte, histoire et le contemporain », a annoncé l’académie suédoise.

«Mo Yan est un grand auteur qui rédige le Grand roman de la Chine. »

Qu’il dépeigne dans ses livres une scène de sexe ou de supplice, les ravages d’une guerre ou d’une beuverie, Mo Yan le fait avec une truculence toute rabelaisienne.
Son réalisme d’écriture et l’attachement à son terroir en Chine orientale valent à ce romancier de 57 ans d’être également comparé à l’Américain William Faulkner ou au Colombien Gabriel Garcia Marquez. Deux illustres prédécesseurs qu’il a rejoints hier sur la liste des lauréats du Nobel de littérature.
«Il prend le même plaisir à décrire, en long, en large et en travers, aussi bien un grand banquet qu’un grand massacre», relate Sylvie Gentil, l’une des premières traductrices de l’écrivain.
Mo Yan, visage piriforme et chevelure clairsemée poivre et sel, est aujourd’hui l’un des auteurs chinois les plus réputés, dans son pays et à l’étranger. Il a atteint la notoriété avec Le clan du sorgho, porté à l’écran sous le titre Le sorgho rouge par le fameux réalisateur Zhang Yimou.
Même si ses œuvres sont fréquemment des «pavés» dépassant les 500 pages après traduction, elles figurent régulièrement parmi les best-sellers en Chine, à côté notamment des romans de Yu Hua, l’auteur de Brothers.
De son vrai nom Guan Moye, Mo Yan est né en 1955 au sein d’une famille rurale qui a connu la faim lors du Grand bond en avant (1958-1961). Cette campagne de collectivisation à outrance, initiée par Mao, a provoqué de 20 à 50 millions de morts.
Dans sa région natale du Shandong, il vit donc une jeunesse marquée par les privations, une scolarité perturbée et vite interrompue, en pleine Révolution culturelle.
«Enfant, il était très taciturne, il parlait peu, il était très renfermé sur lui-même», rappelle Mme Gentil. Plus tard, il choisira comme nom de plume «Mo Yan», qui signifie «ne pas dire ». Et c’est paradoxalement l’embrigadement qui lui permettra de s’épanouir.
«Il fait partie de ces paysans de familles illettrées qui ont été plus ou moins sauvés par l’armée, en y étant enrôlé et en réussissant à y faire carrière en devenant écrivain», poursuit la traductrice.
Le paysan-soldat-écrivain gardera longtemps l’uniforme, ce qui ne l’empêchera pas de publier, même s’il a dû parfois se frotter à la censure. Notamment lors des premières éditions de Beaux seins, belles fesses, l’un de ses romans les plus populaires.
Lui-même gros lecteur, il apprécie les auteurs occidentaux, la littérature russe, japonaise, sud-américaine, explique à l’AFP Noël Dutrait, qui a traduit en français Le pays de l’alcool, une autre œuvre phare du répertoire picaresque de l’auteur.
«Mo Yan a une particularité: il s’efforce toujours de changer son style à chaque roman», souligne M. Dutrait. Une richesse que l’on retrouve dans la variété des thèmes qu’il choisit, du conflit sino-japonais aux tortures chinoises, en passant par l’abattage des porcs ou la corruption des cadres communistes.
«Un écrivain se doit d’exprimer des critiques et son indignation face au côté sombre de la société et à la laideur de la nature humaine», a un jour affirmé Mo Yan.
Pourtant, devenu vice-président de l’Association des écrivains chinois, une organisation officielle, il a parfois été accusé d’avoir manqué de solidarité avec la dissidence, dans le seul pays du monde qui emprisonne encore un Nobel de la paix, l’intellectuel et écrivain Liu Xiaobo.
«Il y a des gens qui lui reprochent de ne pas se démarquer du pouvoir, confirme Noël Dutrait, mais en tout cas il écrit et il dit ce qu’il pense.»
Dans un récent ouvrage intitulé Grenouilles, Mo Yan évoque de sa plume acerbe la politique de contrôle des naissances en Chine, un sujet sensible qui a toutefois cessé depuis quelques années d’être tabou.
Selon Eric Abrahamsen, un expert américain en littérature chinoise, Mo Yan est un « grand auteur (...) qui rédige le Grand roman de la Chine », tout en étant «très malin quant à ce qui peut ou ne peut pas être écrit».
Régulièrement invité à l’étranger, même s’il ne parle que le chinois, Mo Yan, avare d’interviews, reste très attaché à son berceau natal de Gaomi, dans le Shandong. C’est là qu’il a un jour reçu l’un de ses plus fidèles admirateurs, l’écrivain nippon Kenzaburo Oe, Prix Nobel de littérature 1994.
Qu’il dépeigne dans ses livres une scène de sexe ou de supplice, les ravages d’une guerre ou d’une beuverie, Mo Yan le fait avec une truculence toute rabelaisienne.Son réalisme d’écriture et l’attachement à son terroir en Chine orientale valent à ce romancier de 57 ans d’être également comparé à l’Américain William Faulkner ou au Colombien Gabriel Garcia Marquez. Deux illustres prédécesseurs qu’il a rejoints hier sur la liste des lauréats du Nobel de littérature.«Il prend le même plaisir à décrire, en long, en large et en travers, aussi bien un grand banquet qu’un grand massacre», relate Sylvie Gentil, l’une des premières traductrices de l’écrivain.Mo Yan, visage piriforme et chevelure clairsemée poivre et sel, est aujourd’hui l’un des auteurs chinois les plus réputés, dans son pays et...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut