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Moyen Orient et Monde - Libye

Les jihadistes s’estiment dépossédés de leur révolution

Des montagnes d’Afghanistan aux rues de Bagdad, en passant par les cages d’acier de Guantanamo, les habitants de Derna ont fait de cette modeste ville de Libye un grand nom du jihad international. Depuis le renversement et la mort de Mouammar Kadhafi, leur ennemi juré, beaucoup sont rentrés chez eux, mais leur combat pour l’instauration d’un État islamique ne fait que commencer, disent-ils. La mort de l’ambassadeur des États-Unis, le 11 septembre, dans le sac du consulat de Benghazi que Washington a imputé à des partisans d’el-Qaëda, a en outre mis les milices islamistes de l’est de la Libye sous les feux de l’actualité. Sur ce point d’ailleurs, la secrétaire d’État Hillary Clinton s’est engagée à faire la lumière sur les conditions de sécurité autour du consulat, en réponse à des élus républicains qui ont jugé insuffisante la protection de la mission consulaire.
Depuis, plusieurs de ces milices, qui occupaient le vide laissé par la chute de l’ancien régime, ont choisi de se dissoudre ou de se faire plus discrètes pour échapper à la vindicte. Les combattants islamistes de Derna, eux, restent décidés à obtenir réparation pour les préjudices qu’ils disent avoir subis. Pour la plupart, ces griefs n’ont rien de religieux. Certains remontent à l’époque coloniale, mais beaucoup trouvent leur origine dans le sentiment d’avoir été dépossédés du combat contre Kadhafi, que les islamistes ont pourtant entamé il y a des années. Cibles de leurs griefs : les caciques de l’ancien régime reconvertis à la révolution et les « agents » de l’Occident.
Leurs effectifs et leurs capacités sont difficiles à mesurer, mais Derna, ville portuaire de 100 000 habitants, compte au moins plusieurs centaines de miliciens rompus à la lutte armée, bien décidés à faire prévaloir la charia et à obtenir la part des revenus pétroliers que Kadhafi déniait à la Cyrénaïque. Pour Salem Dirbi, vétéran du jihad, la révolution a été détournée par d’anciens partisans du « Guide » de retour au pouvoir, alors que ceux qui ont donné leur sang pour chasser le dictateur en ont été écartés. « Comment voulez-vous qu’on fasse confiance à l’État ? » s’indigne ce quadragénaire qui cherche désormais à s’installer en tant qu’électricien. « Ils ont pris les mêmes personnes et se sont contentés de changer leurs titres pour tromper les gens », poursuit-il.

Renaissance islamique
De tout le monde arabe, sa ville natale a été la plus grande pourvoyeuse d’hommes pour les guérillas afghane, irakienne ou syrienne. Aujourd’hui, les combattants de Derna se disent victimes d’un complot qui a culminé avec l’attaque du consulat de Benghazi, dont on cherche à leur faire porter la responsabilité. « C’est l’État qui est à l’origine de ce complot. L’État ignore délibérément le fait qu’il y a une renaissance islamique », poursuit Dirbi, qui insiste : « Je veux voir les hommes de Kadhafi jugés, pas récompensés ou honorés. »
Pour Abdelkader Azouz, autre islamiste de Derna, la démocratie importée d’Occident qu’on tente d’imposer ici est la première source d’indignation. « En Libye, ça ne fait qu’un an et les idées de démocratie ou de partis politiques sont difficiles à inculquer. Les gens ne sont pas réceptifs à cette démocratie importée. Nous ne l’acceptons pas. Nous avons une religion qui doit être prise en compte, souligne ce professeur d’anglais. C’est la révolution qui a fait l’État et des opportunistes qui ne l’ont pas faite ou qui n’ont pas versé de sang pour elle nous donnent maintenant des ordres. »
(Source : Reuters)
Des montagnes d’Afghanistan aux rues de Bagdad, en passant par les cages d’acier de Guantanamo, les habitants de Derna ont fait de cette modeste ville de Libye un grand nom du jihad international. Depuis le renversement et la mort de Mouammar Kadhafi, leur ennemi juré, beaucoup sont rentrés chez eux, mais leur combat pour l’instauration d’un État islamique ne fait que commencer, disent-ils. La mort de l’ambassadeur des États-Unis, le 11 septembre, dans le sac du consulat de Benghazi que Washington a imputé à des partisans d’el-Qaëda, a en outre mis les milices islamistes de l’est de la Libye sous les feux de l’actualité. Sur ce point d’ailleurs, la secrétaire d’État Hillary Clinton s’est engagée à faire la lumière sur les conditions de sécurité autour du consulat, en réponse à des élus...
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