Houda, 15 ans, s’entraîne pour le championnat arabe d’haltérophilie cadets-juniors qui s’ouvre aujourd’hui au Maroc. Ahmad el-Rubaye/AFP
Dans un coin, Houda dans son survêtement fatigué se tortille sur un banc et attend son tour sur le « plateau » réservé à la première équipe féminine d’haltérophilie irakienne. « Lever des poids, j’adore ça », confie la jeune fille. « Je suivais souvent les championnats d’haltérophilie à la télévision, et un jour je me suis inscrite à un club », dit-elle. Et d’égrener ses records : 60 kg à l’arraché, 72 kg à l’épaulé-jeté. Un palmarès qu’elle et ses trois coéquipières comptent bien faire fructifier lors du championnat arabe d’haltérophilie cadets-juniors qui s’ouvre aujourd’hui à Rabat, au Maroc. « Je vise la médaille d’or », souffle Houda.
Houda fait passer sa démarche pour une formalité. Mais avec l’emprise croissante de religieux conservateurs sur les questions de société depuis l’invasion de 2003, les Irakiennes ont vu leurs libertés individuelles régresser. Pourtant, c’est à peine si Houda et ses coéquipières se plaignent. La toute timide Tiba Nabil, 13 ans à peine, concède qu’elle aimerait bien « une salle réservée aux femmes », mais dans l’ensemble, « ma famille m’a encouragée à pratiquer » l’haltérophilie.
Les filles et le sport
À la tête de l’équipe, l’entraîneur Abbas Ahmad Abbas. C’est lui qui, il y a un an, a eu l’idée de monter une équipe nationale féminine d’haltérophilie. « Il est plus facile de former des filles dès un jeune âge pour qu’elles aient de bonnes bases par la suite », raconte-t-il. Plus mesuré que les filles qu’il entraîne, il avoue avoir dû composer avec nombre de sensibilités depuis son club de Sadr City, le bastion chiite conservateur de Bagdad, duquel sont issus trois des quatre membres de l’équipe. Les femmes dans le sport, « c’est un sujet très sensible en Irak. Nous sommes un pays moyen-oriental, musulman (...). Lorsque j’ai commencé (à entraîner), j’ai dû faire très attention à ne heurter personne. J’ai pris en compte les traditions qui prévalent dans une société musulmane », explique M. Abbas.
Et très vite, s’est posée la question du hijab, le voile qui couvre la tête mais ne cache pas le visage, porté par nombre de femmes irakiennes en public. Si elles arrivent et repartent de l’entraînement voilées, dès qu’elles s’approchent des barres, Houda, Tiba et leurs coéquipières retirent leur hijab, ne gardant, pour Houda, qu’un foulard qui retient ses cheveux. Mais, comme elle le souligne, « je ne suis pas comme les étrangères. Elles peuvent porter ce qu’elles veulent. Moi, je porte le hijab, mais c’est très peu commode pour soulever des poids, donc ici je l’enlève ».
Dans la salle d’entraînement mixte, Moustapha Razi, un grand gaillard tout en muscles s’apprête à soulever un bon quintal de fonte. « Ça ne me pose aucun problème de m’entraîner à côté de filles. Mais bon, les filles trop musclées, c’est laid », lance-t-il.
(Source : AFP)

