La visite de Benoît XVI au Liban

Une opportunité historique

L’Ecclesia de Beyrouth - La rubrique de Michel HAJJI GEORGIOU
11/09/2012
La visite du pape Benoît XVI au Liban peut, à n’en point douter, marquer rien moins qu’un tournant historique pour les chrétientés orientales. Inutile de préciser que l’ensemble des instances politiques et religieuses de la région auront les yeux rivés sur les moindres détails de cette visite. Ce que le pape ne dira pas aura, partant, autant d’importance que ce qu’il dira, compte tenu des circonstances exceptionnelles que la région traverse actuellement.
Or il ne faut pas se tromper de cible : le clergé local l’a suffisamment fait depuis le début du printemps arabe, sous l’influence, dit-on, de certains cardinaux en manque manifeste de clairvoyance au Vatican. Le printemps arabe est très certainement l’événement le plus important dans l’histoire de la région. Il représente, sur le plan philosophique, une volonté des peuples arabes de prendre enfin leur destin en main et de sortir de la servitude volontaire. Au plan historique, il s’agit rien moins que de la fin d’un temps événementiel particulièrement obscur, celui du despotisme et des nationalismes, initié avec le gel des Tanzimats, puis la chute de l’Empire ottoman. En clair, le printemps arabe est l’instant historique de l’entrée des peuples arabes dans l’histoire, par le biais de leur aspiration à la liberté et la démocratie. Un processus qui, malgré ces balbutiements et ces faux pas de débutant, ne devrait pas faire peur aux chrétiens, qui ont toujours souffert du despotisme et de la tyrannie en Orient. Au contraire.
L’événement est donc comparable à la chute du mur de Berlin, si cher à Jean-Paul II. Et le Liban ne peut véritablement être un « pays-message » et oser la convivialité que dans la promotion des valeurs de la liberté, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, des droits de l’homme, de la dignité humaine et de la démocratie.
Benoît XVI ne peut donc pas ignorer que la seule bataille chrétienne, au plan moral, philosophique et politique, qui vaille la peine aujourd’hui, c’est le soutien à l’homme arabe qui lutte avec sa chair pour la conquête de plus de droits, de liberté et de dignité, surtout en Syrie.
Il ne peut pas non plus ignorer que la peur est en train de transformer les chrétiens d’esprits avant-gardistes, promoteurs de la renaissance arabe, en gardiens sectaires et minoritaristes d’un ordre ancien, archaïque et barbare prêt à rompre avec toute forme d’humanité pour survivre. La peur des changements qui fige une partie des chrétiens du Liban et d’Orient aujourd’hui est une maladie qui devient progressivement une peur de la vérité elle-même. Sa conséquence directe est une rupture dangereuse avec la réalité, qui est une forme lente et douce, mais tout aussi terrible, de suicide collectif.
Tout cela, le pape Benoît XVI ne peut pas l’occulter, s’il souhaite réellement donner un sens à sa visite au Liban, et inscrire véritablement sa visite « sous le signe de la paix ». Et il ne faut pas rater le coche : l’histoire n’a que faire des occasions manquées.

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