Si la semaine qui commence sera consacrée à la préparation de la visite du pape Benoît XVI à Beyrouth, les milieux politiques s’attendent à une relance des conflits à partir de la semaine prochaine. En effet, les points de vue entre les deux camps rivaux semblent plus divergents que jamais sur fond de crise syrienne.
L’élément nouveau est venu du 14 Mars qui est en train d’adopter des positions de plus en plus radicales qui dépassent désormais les polémiques politiques ordinaires ou même électorales. Des sources de la majorité estiment ainsi que le 14 Mars agit désormais comme si la chute du régime syrien est devenue imminente et il veut préparer le pays à cet événement. La réunion de la semaine dernière à Meerab qui, selon les participants, doit être suivie d’autres réunions similaires régulières a ainsi donné le coup d’envoi d’une campagne visant à pousser l’exécutif libanais à prendre des positions hostiles au régime syrien, tout en augmentant la pression à la fois contre le président de la République et le Premier ministre.
La riposte du 8 Mars, et en particulier du Hezbollah, ne s’est pas fait attendre. Le chef du bloc parlementaire de la Résistance, le député Mohammad Raad, a ainsi choisi de tenir une conférence de presse pour répondre au 14 Mars – ce qu’il fait rarement et juste dans ce qui est considéré comme de grandes occasions –, alors que les responsables du Hezbollah, sayyed Hachem Safieddine en tête, ont déclaré hier que ceux qui croient que la Résistance est sur le point de déposer les armes n’ont encore rien compris. Le message est en quelque sorte clair : il ne faut pas miser sur notre affaiblissement.
Le tableau politique libanais se résume donc comme suit : le 14 Mars estime que la chute du régime d’Assad n’est plus qu’une question de temps et il faut saisir cette chance pour, d’une part, empêcher le gouvernement actuel de faire la moindre réalisation afin d’accélérer sa chute, mais aussi d’empêcher l’adoption par le Parlement du projet de loi électorale préparé par le gouvernement qui, selon lui, favorise le camp adverse. En même temps, il s’agit d’augmenter les pressions sur le chef de l’État pour le pousser à sortir le Liban officiel de sa neutralité vis-à-vis de la crise syrienne ainsi que sur l’armée chargée de contrôler les frontières avec la Syrie. Le 14 Mars est donc ainsi passé à la vitesse supérieure, convaincu qu’il ne suffit plus d’attendre l’issue inéluctable de la crise syrienne mais qu’il faut aussi préparer le terrain au Liban pour un renversement du rapport des forces internes.
Le Hezbollah et ses alliés ont, de leur côté, une tout autre lecture. Selon lui, le régime syrien est loin d’être sur le point de s’effondrer et la crise syrienne est appelée à se prolonger. Le Hezbollah se base pour cela d’une part sur ses propres données sur le terrain et, d’autre part, sur les assurances iraniennes selon lesquelles la République islamique n’est pas près de lâcher son allié syrien et qu’il s’agit là d’une question à la fois stratégique et de principe.
Le Hezbollah est ainsi convaincu que dix-huit mois après le déclenchement de la crise syrienne, le régime d’Assad tient encore le cap. Sur le plan militaire, l’armée est encore unie, malgré la multiplication des défections qui continuent à ne pas représenter une menace pour sa cohésion. Elle a ainsi lancé son offensive pour pacifier les grandes villes, quitte à laisser les banlieues et les régions éloignées aux mains des rebelles. Sauf imprévu, le régime, toujours selon le Hezb, peut ainsi se prolonger encore des mois et la crise syrienne s’installer dans la durée. D’autant que l’aide économique de l’Iran (qui a acheté toutes les récoltes syriennes et déposé des fonds dans la Banque centrale de Damas pour empêcher l’effondrement de la livre syrienne) réduit l’impact de la crise sur les citoyens, alors qu’en dépit des efforts de la Turquie et d’autres pays arabes et occidentaux pour l’unifier, l’opposition reste largement divisée.
De plus, ajoute le Hezb, sur le plan international, une action sous le couvert de l’ONU reste bloquée par la Russie et la Chine, la secrétaire d’État américaine ayant exprimé pas plus tard qu’hier sa déception de ne pas voir un changement dans la position russe. Tout en précisant que les pays occidentaux cherchent désormais à contourner cette paralysie des Nations unies en décidant de donner par des voies indirectes des armes antichars et antiaériennes à l’opposition syrienne dans le but de neutraliser l’aviation et les blindés du régime (qui restent ses éléments de force), le Hezbollah continue de penser que celui-ci n’est pas pour autant menacé. C’est dire qu’à ses yeux, la campagne du 14 Mars est prématurée. Mais il n’est pas pour autant question de le laisser profiter de cette période plus ou moins floue pour marquer des points sur le plan interne. Au cœur des enjeux, la bataille électorale de 2013 qui s’annonce comme un vrai casse-tête (notamment pour le gouvernement), surtout si la crise syrienne n’est pas réglée d’ici là.
Mais jusqu’au printemps prochain, beaucoup de développements peuvent encore se produire.
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L’élément nouveau est venu du 14 Mars qui est en train d’adopter des positions de plus en plus radicales qui dépassent désormais les polémiques politiques ordinaires ou même électorales. Des sources de la majorité estiment ainsi que le 14 Mars agit désormais comme si la chute du régime syrien est devenue imminente et il veut préparer le pays à cet événement. La réunion de la semaine dernière à Meerab qui, selon les participants, doit être suivie d’autres réunions similaires régulières a...


Vous avez dit éclairage Madame Haddad? Merci et re merci pour votre neutralité, votre Haute lecture des faits et de sa rédaction ici (bas ;o)) pour nous!
15 h 27, le 10 septembre 2012