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Moyen Orient et Monde - Reportage

À Alep, manger est une entreprise à haut risque

Deux combatants rebelles lisent le Coran avant l’iftar à Alep.Goran Tomasevic/Reuters

Il n’y a pas d’armes dans le véhicule de l’Armée syrienne libre (ASL) que Seif conduit à toute allure dans les rues d’Alep, mais quelque chose de tout aussi important pour les rebelles : de la nourriture. Toutefois, apporter ces repas aux combattants et aux civils assiégés est une entreprise à haut risque. Il faut franchir les contrôles routiers tenus par les forces gouvernementales, grâce à des stratagèmes que Seif ne décrira pas pour ne pas compromettre ses réseaux.


« C’est mon boulot de distribuer de la nourriture pour l’iftar et le souhour », déclare ce jeune homme fin aux cheveux déjà grisonnants. Alors qu’une fusillade et des explosions retentissent au loin, il vérifie le contenu des boîtes de polystyrène et des sacs en plastique qu’il doit transporter. Boîtes de riz, pâtes, sauce tomate, pain, poivrons verts et lait.

 

Il lance le moteur de la camionnette décatie avec un tournevis, faute de démarreur, puis se lance dans sa course à travers la ville. Dès le premier arrêt, pour ravitailler des rebelles dans une école, deux civils s’approchent pour demander du « pain pour les enfants ». La conversation s’envenime lorsque l’un des hommes qui prêtent main-forte à Seif leur répond que la nourriture est pour les combattants. « Les gens ici sont coincés, les boulangeries sont fermées et il n’y a plus de nourriture. Quand ils voient notre véhicule, ils en réclament », explique Aboul Nour, qui, comme la plupart des Syriens rencontrés à Alep, ne veut pas donner son vrai nom. « Certains civils se débrouillent et les autres devraient faire pareil. C’est beaucoup plus dur pour nous de le faire car nos noms sont connus à tous les barrages », lance-t-il.
Finalement, les civils reçoivent un peu de pain, mais Seif a perdu du temps qu’il doit rattraper en conduisant encore plus vite dans les rues défoncées par les cratères d’obus. Il atteint le poste de l’ASL le plus proche de Salaheddine, l’un des quartiers d’Alep où les combats sont les plus violents depuis 15 jours. Les habitants sont partis, mais les forces du régime ont placé des tireurs embusqués dans le quartier. « C’est très dangereux pour le moment. Nous avons eu beaucoup d’incidents où nous avons été visés par des tireurs embusqués et deux fois des obus ont explosé à notre passage », raconte Seif en montrant un côté de sa voiture criblé d’éclats.


À un autre poste de l’ASL, trois portraits du président Assad sont étendus par terre afin que quiconque entre ou sorte les foule du pied en signe de mépris. « Allah Akbar, la nourriture est là », s’écrie un combattant adolescent en descendant précipitamment à la rencontre de Seif et de ses provisions. Puis une femme voilée de noir et un vieil homme reçoivent une ration. De retour à sa base, Seif pousse un soupir de soulagement. Sa tournée est finie, il va pouvoir manger à son tour.

Il n’y a pas d’armes dans le véhicule de l’Armée syrienne libre (ASL) que Seif conduit à toute allure dans les rues d’Alep, mais quelque chose de tout aussi important pour les rebelles : de la nourriture. Toutefois, apporter ces repas aux combattants et aux civils assiégés est une entreprise à haut risque. Il faut franchir les contrôles routiers tenus par les forces gouvernementales, grâce à des stratagèmes que Seif ne décrira pas pour ne pas compromettre ses réseaux.
« C’est mon boulot de distribuer de la nourriture pour l’iftar et le souhour », déclare ce jeune homme fin aux cheveux déjà grisonnants. Alors qu’une fusillade et des explosions retentissent au loin, il vérifie le contenu des boîtes de polystyrène et des sacs en plastique qu’il doit transporter. Boîtes de riz, pâtes, sauce tomate,...
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