Des membres de Pussy Riot, toujours en fuite, à Moscou. William Webster/Reuters
Cinq jeunes femmes membres du groupe Pussy Riot, encagoulées, avec guitares et sonorisation, avaient dansé et chanté une « prière punk » en février dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de « chasser Poutine ». Le patriarche Kirill avait qualifié leur action de « sacrilège » et le porte-parole du patriarcat, Vsevolod Tchapline, avait estimé que les jeunes femmes avaient commis un « crime pire qu’un meurtre » et devaient être « punies ». Les Pussy Riot s’étaient placées devant l’iconostase, avaient fait quelques génuflexions et signes de croix, et la mélodie de leur « prière » ressemblait à un chant religieux. Autant d’éléments choquants pour de nombreux croyants. Près de 70 % de la population russe se déclare orthodoxe, même si le nombre de pratiquants réguliers n’excède pas 5 à 7 %, selon divers sondages. Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 29 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, accusées d’« hooliganisme » et d’« incitation à la haine religieuse », et contre lesquelles le procureur a requis trois ans de camp, ont affirmé avoir voulu ainsi dénoncer la « collusion de l’Église et de l’État » en Russie.
Miséricorde et amour
Des dizaines de milliers de fidèles sont venus prier en plein air devant la cathédrale en avril à l’appel du patriarche pour « corriger le sacrilège » commis par les jeunes femmes. Selon un institut de sondage réputé, le Centre Levada, 47 % des Russes considèrent qu’une condamnation des Pussy Riot à 7 ans de camp, le maximum prévu par la loi dans leur cas, aurait été tout à fait justifiée.
Cette attitude négative est cependant loin de faire l’unanimité. « C’est une honte pour l’Église d’avoir envoyé des gens en prison. L’Église qualifie leur acte de sacrilège. Mais le vrai sacrilège, c’est de les juger au nom du Christ. La foi chrétienne, c’est la miséricorde et l’amour », a écrit sur le site Grani.ru un prêtre de Moscou, le père Viatcheslav Vinnikov, 74 ans, dans une critique ouverte du patriarcat. Professeur à l’Académie de théologie, le père Andreï Kouraïev, qui est également un des blogueurs orthodoxes les plus connus, a plaidé lui aussi pour la clémence, même s’il considère que la prestation des Pussy Riot dans la cathédrale est « une chose exécrable ». « L’Église n’a pas à jouer les procureurs et demander des châtiments sévères », a-t-il déclaré à l’hebdomadaire moscovite The New Times.
Une centaine d’artistes russes de premier plan, parmi lesquels le cinéaste Andreï Kontchalovsky et les écrivains Lioudmila Oulitskaïa et Boris Akounine, ont pris la défense des Pussy Riot, désapprouvant à la fois la gravité des charges retenues contre elles, leur maintien en détention pendant cinq mois et la position du patriarcat. Pour le quotidien des affaires Vedomosti, l’Église orthodoxe russe est en train de commettre « sa plus grande erreur depuis 1901 », quand l’écrivain Léon Tolstoï avait été excommunié.
Pour de nombreux observateurs, le procès des Pussy Riot est embarrassant pour l’Église et pour le patriarche, qui a déjà été mis en cause à plusieurs reprises ces derniers mois.
Le patriarche Kirill avait été notamment critiqué pour avoir soutenu publiquement Vladimir Poutine à l’élection présidentielle de mars et condamné le mouvement de contestation qui se développait alors contre le Kremlin, accentuant ainsi pour certains le sentiment d’une trop grande proximité entre l’Église et l’État. Il avait été aussi la cible de critiques après des révélations de la presse laissant entendre qu’il menait un mode de vie luxueux peu conforme à l’idéal évangélique.
Ces critiques interviennent au moment où le patriarche doit se rendre pour une visite historique en Pologne. Lors de cette visite de quatre jours à partir de jeudi, la première jamais effectuée par un patriarche de Russie dans la très catholique Pologne, le chef de l’Église orthodoxe russe doit signer vendredi avec le chef de l’Église catholique de Pologne, Mgr Jozef Michalik, un appel inédit à la réconciliation polono-russe.
(Source : AFP)


Ils veulent imiter leurs potes à barbe de l'autre côté...rétablir le blasphème et pourquoi pas le knout ou la déportation...des malades...
14 h 10, le 15 août 2012