Le Premier ministre, hier, en compagnie de la délégation de l’ordre des journalistes.Photo Dalati et Nohra
Au sujet de l’arrestation de l’ancien ministre et député Michel Samaha, Mikati a répondu que le directeur général des FSI l’a informé le matin même de cette arrestation sur la base d’une commission rogatoire délivrée par le procureur général près la Cour de cassation par intérim Samir Hammoud, pour l’interroger sur des questions sécuritaires. À la lumière de l’enquête, la justice prendra la décision qui s’impose. Mikati a affirmé qu’il ne croit pas que cette arrestation est liée au TSL, ajoutant qu’il a demandé un rapport détaillé sur le sujet qui devrait lui être remis au cours des prochaines heures. « Nous n’intervenons en aucune manière dans le cours de la justice, a-t-il précisé, et l’enquête actuelle est une procédure normale que les autorités judiciaires et sécuritaires exécutent selon les règles. »
Interrogé sur l’impuissance de l’État dans l’affaire des onze pèlerins enlevés en Syrie, Mikati a déclaré que depuis le premier jour de l’enlèvement, le gouvernement suit le sujet de près. « Je me suis rendu en Turquie en compagnie des ministres des AE et de l’Intérieur, le président Sleiman s’est aussi rendu en Turquie et les informations disponibles montrent que les Turcs font de leur mieux, mais il est apparu que les onze pèlerins sont encore en Syrie. Les derniers développements médiatiques montrent que ce dossier commence à prendre une nouvelle orientation. À notre avis, les pèlerins sont devenus des otages utilisés dans des objectifs libanais internes. Malgré cela, nous tentons de régler la question de la manière la plus satisfaisante possible. Nous n’avons pas de contact direct avec les ravisseurs, mais il y a un échange de messages loin des médias pour suivre l’évolution de la situation. En tout état de cause, notre principal souci est d’assurer la sécurité des pèlerins et leur retour chez eux sains et saufs », a-t-il souligné.
À la question de savoir si des parties libanaises sont intervenues pour pousser les pèlerins à se soulever contre le gouvernement, Mikati a répondu : « Je ne suis pas de ceux qui provoquent des polémiques stériles. Tant que je n’ai pas de preuves claires, je ne dirais rien. Mais les apparences montrent aujourd’hui qu’il y a une certaine manipulation et une exploitation de l’affaire. »
Au sujet de son éventuelle démission suite à ses propos sur la nécessité d’un gouvernement d’exception, Mikati a précisé qu’il a répondu à une question précise, formulée de la manière suivante : serez-vous un obstacle face à la formation d’un gouvernement d’union nationale ? « J’ai dit que je suis le chef d’un gouvernement qui reste en place, a déclaré M. Mikati. Les ministres assument pleinement leurs fonctions, même s’il faut plus de complémentarité entre les différents ministères. J’ai ajouté que je ne serais pas un obstacle devant tout ce qui est utile au Liban. Par conséquent, s’il y a un accord pour la formation d’un nouveau gouvernement, quelle que soit son appellation, je faciliterai cette opération. Certains diront : voilà qu’il pose des conditions. Là n’est pas la question. Je suis simplement soucieux de l’intérêt du pays et je n’accepte pas de le laisser plonger dans l’inconnu face aux dangers qui sont de plus en plus menaçants. Si nous regardons ce qui se passe autour de nous, nous verrons que nous bénéficions d’une stabilité relative mais acceptable. »
Et de poursuivre : « Regardez la situation économique en Jordanie et la chute vertigineuse de la Bourse de Amman... Nous sommes au cœur d’une tempête et de vagues énormes au point que nous n’arrivons pas à mettre un plan pour le lendemain. Nous avons chaque jour un nouveau problème et le but est sans doute de nous distraire pour nous neutraliser. Mais la réalité est que la neutralisation ne touche pas le gouvernement qui changera un jour, ni ma personne puisque je n’ai pas le monopole de la présidence du gouvernement, ni moi ni quelqu’un d’autre d’ailleurs. Je me demande donc s’il ne s’agit pas en fait de noyer le navire libanais... Au lieu de rester solidaires face aux dangers actuels, certains se lancent dans un pilonnage systématique et aveugle, sachant que ces attaques nuiront au Liban. »
À ceux qui accusent son gouvernement d’être prosyrien, Mikati a déclaré : « Je ne vais entrer dans une polémique ni lancer des accusations. Que l’on nous juge sur nos actes. La politique de dissociation à l’égard du dossier syrien a été la décision la plus difficile que nous ayons adoptée au début des événements en Syrie. » Et sur le fait que certains considèrent justement la dissociation comme un appui indirect au régime syrien, Mikati a demandé : « Imaginons un peu quelle aurait été la situation dans le pays si nous avions décidé d’appuyer la révolution en Syrie ou le régime. Notre rôle n’est pas de décider à la place des Syriens. Depuis le premier jour, nous avons dit que nous voulons le meilleur pour la Syrie et son peuple. Mon objectif est uniquement de protéger mon pays et de lui éviter un surplus de divisions. Notre pays est divisé sur la question syrienne et toute politique autre que la dissociation signifie encore plus de division et le glissement vers la guerre civile. »
Au sujet du projet de loi électorale, Mikati a rappelé que son gouvernement s’était engagé dans sa déclaration ministérielle à adopter une nouvelle loi électorale. Le ministre de l’Intérieur a élaboré un projet moderne basé sur la proportionnelle. Au Conseil des ministres, il y avait aussi une tendance vers la proportionnelle, ainsi que chez la plupart des forces politiques. « Nous avons tenu des réunions intensives et nous avons finalement adopté le projet que nous jugeons le plus approprié en dépit de l’opposition constructive des ministres du Front de lutte nationale. La décision finale appartient au Parlement qui est souverain. Le chef des Forces libanaises, le Dr Samir Geagea, a déclaré hier que ce projet est meilleur que la loi de 1960 mais il a encore besoin de deux pas supplémentaires. C’est une position positive et que le Parlement présente ce qu’il juge nécessaire et amende le découpage si celui que nous avons décidé ne plaît pas. Au gouvernement, nous avons rempli notre engagement et nous avons lancé un dialogue constructif sur la nouvelle loi électorale. Quant aux critiques qui nous sont adressées, elles sont injustifiées. C’est un peu comme lorsque nous avons versé notre part dans le financement du TSL. Au début, on nous demandait avec agressivité : “Allez-vous financer le TSL?” et lorsque nous l’avons fait, d’autres critiques ont été lancées nous accusant d’avoir fait ce financement en catimini... On ne doit pas lancer des accusations de cette manière systématique et une opposition gratuite et stérile ne peut pas devenir nationale », a-t-il expliqué. Mikati a encore écarté la possibilité de reporter les élections législatives s’il est encore Premier ministre. Selon lui, le monde arabe se dirige vers la démocratie et le Liban qui est un pionnier en la matière ne peut pas aller à contre-courant.
Au sujet de l’affaire de Chadi Maoulawi, qui avait été arrêté par la Sûreté générale et relâché par la suite en étant accueilli en héros par le Premier ministre, Mikati a précisé qu’il s’était opposé à la manière dont l’arrestation avait eu lieu, par une sorte de duperie, Maoulawi ayant été contacté pour se rendre au siège d’une association de bienfaisance et retirer une aide pour sa fille qui devait se faire opérer. Mikati a précisé avoir considéré ce scénario comme indigne de l’État et c’est pourquoi il a tenu à ce que Maoulawi soit ramené au lieu où il avait été arrêté. Mais si la justice a un dossier contre lui et veut l’arrêter une seconde fois, il n’interviendra pas.
Mikati a encore écarté la possibilité d’une agression israélienne dans le proche avenir, faisant état d’assurances internationales en ce sens. Il a encore appelé les parties concernées à participer au dialogue, ajoutant que le chef de l’État entreprend des contacts pour assurer la tenue de la réunion du 16 août. Enfin, il a confirmé sa participation au prochain sommet de La Mecque, rappelant la solidité des liens entre le Liban et l’Arabie saoudite, et l’appui du royaume au Liban dans ses pires épreuves.


Avant de s'apeurer pour quelque noyade, pensez à décharger... LE LEST ! du navire Libanais... qui continuera paisiblement son voyage !
04 h 59, le 10 août 2012