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Moyen Orient et Monde - Portrait

Lavrov, le nouveau « Mr Niet »

L’opiniâtreté du ministre russe des Affaires étrangères est la cause de bien des frustrations dans les chancelleries occidentales.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a si souvent dit « non » à l’Occident sur le dossier syrien qu’il pourrait concurrencer son prédécesseur de la guerre froide, Andreï Gromyko, pour le titre de « Monsieur Niet ». Ce diplomate chevronné, doublé d’un fumeur invétéré, est la cause de bien des frustrations dans les chancelleries occidentales, où la position de la Russie est perçue comme un obstacle à l’arrêt des violences en Syrie. Sa position de fermeté lui vaut cependant des éloges dans son pays. Pour le président Vladimir Poutine, il est très exactement la bonne personne, au bon endroit et au bon moment. À 62 ans, l’ancien représentant permanent de Moscou aux Nations unies semble se délecter du défi qui lui incombe. Coutumier des critiques, M. Lavrov est passé maître dans l’art de la diplomatie et fait fi de chaque nouvelle attaque sur le dossier syrien en réitérant simplement la position russe.


Ceux qui pourraient douter de son opiniâtreté avant l’épisode syrien devraient se souvenir de 2003, lorsqu’il s’est opposé aux tentatives du secrétaire général des Nations unies de l’époque, Kofi Annan, d’imposer une interdiction de fumer dans les locaux new-yorkais de l’ONU. M. Lavrov avait continué à griller cigarette sur cigarette, arguant que « ce bâtiment (n’appartenait) pas » à Kofi Annan.


L’expertise de M. Lavrov et sa réputation de négociateur robuste l’ont naturellement placé en tête de liste lorsque M. Poutine a cherché à remplacer Igor Ivanov au ministère des Affaires étrangères en juillet 2004. Bien que M. Poutine soit le véritable architecte de la diplomatie de Moscou en tant que chef de l’État, les experts russes considèrent que M. Lavrov est bien plus qu’un simple exécutant. « Sur le dossier syrien, il est clairement très influent. Il est quasiment celui qui dicte la politique et il peut se vanter d’avoir remis la Russie au centre du processus de décision internationale », juge Vladimir Frolov, ancien directeur du « think tank » National Laboratory for Foreign Policy.
Quand M. Annan a démissionné, jeudi, de son poste d’émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, le diplomate ghanéen s’est plaint d’avoir été « pointé du doigt et (d’avoir fait l’objet) de noms d’oiseaux au Conseil de sécurité ». L’homologue américaine de Sergueï Lavrov, Hillary Clinton, a, de son côté, fait part de ses frustrations le mois dernier en déclarant que la Chine et la Russie « paieraient le prix » de leurs trois veto consécutifs sur la Syrie au Conseil de sécurité. La réponse de M. Lavrov avait alors simplement été de réitérer la position de son pays, suggérant par ailleurs que Moscou avait pu faire l’objet de chantage pour pousser la Russie à changer de position.


Le retour de M. Poutine au Kremlin en mai s’est avéré convenir à M. Lavrov, qui avait conservé son poste lorsque Dmitri Medvedev a été élu président en 2008, après que M. Poutine eut dû renoncer à un troisième mandat consécutif interdit par la Constitution. Diplomate de carrière, M. Lavrov ne pourra cependant occuper ses fonctions de ministre des Affaires étrangères aussi longtemps qu’Andreï Gromyko, qui dirigea la diplomatie soviétique pendant 28 ans. Il a pourtant prouvé qu’il était un « animal politique » en conservant son poste pendant huit ans.


Membre du parti Russie unie, M. Lavrov a traversé de nombreuses crises, défendant fermement la position russe, qu’il s’agisse de démocratie ou de droits de l’homme comme lors du conflit avec la Géorgie en 2008 ou des guerres avec les rebelles de Tchétchénie.

 

Son chemin n’a pas toujours été une partie de plaisir. Lorsqu’il représentait son pays au Conseil de sécurité, sous l’ère Eltsine, M. Lavrov a parfois dû subir une attente interminable et frustrante pour recevoir des instructions de Moscou.

 

Expliquant un jour à ses homologues onusiens qu’il attendait les consignes de son gouvernement, on l’aurait entendu murmurer dans sa barbe : « Si toutefois il y a un gouvernement. »

 

Quand la Russie a tenté d’obtenir un assouplissement des sanctions contre l’Irak, un responsable américain avait déclaré à M. Lavrov que cela équivaudrait à « (...) dire du bien d’un restaurant où l’on aurait trouvé des cafards dans la soupe ». Selon des sources diplomatiques, M. Lavrov aurait répondu du tac au tac : « Nous ne vous demandons pas de décerner cinq étoiles à l’Irak. Nous voulons seulement que vous le reconnaissiez comme un Kentucky Fried Chicken (KFC). »
Et, quoi que dise Kofi Annan, Sergueï Lavrov fumera si l’envie lui en prend.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a si souvent dit « non » à l’Occident sur le dossier syrien qu’il pourrait concurrencer son prédécesseur de la guerre froide, Andreï Gromyko, pour le titre de « Monsieur Niet ». Ce diplomate chevronné, doublé d’un fumeur invétéré, est la cause de bien des frustrations dans les chancelleries occidentales, où la position de la Russie est perçue comme un obstacle à l’arrêt des violences en Syrie. Sa position de fermeté lui vaut cependant des éloges dans son pays. Pour le président Vladimir Poutine, il est très exactement la bonne personne, au bon endroit et au bon moment. À 62 ans, l’ancien représentant permanent de Moscou aux Nations unies semble se délecter du défi qui lui incombe. Coutumier des critiques, M. Lavrov est passé maître dans...
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Fumeur invétéré (tant pis pour lui) et diplomate chevronné, Serguei Lavrov n'en est pas moins un ministre des Affaires étrangères aveugle comme une taupe. Il a fait de son pays le plus grand complice d'un régime syrien fou, champion en massacres de son peuple et en crimes contre l'humanité, qui détruit systématiquement la Syrie et son extraordinaire patrimoine, y consolide une longue guerre civile, est l'un des régimes les plus honnis par leurs peuples de l'histoire et qui est fatalement condamné à disparaître. Que restera-t-il pour la Russie comme influence et sauvegarde d'intérêts après la fin fatale et annoncée de ce régime ? Rien à part la haine farouche du peuple syrien, que M Lavrov est en train de tisser à merveille par ses coups d'entêtement.

Halim Abou Chacra

03 h 27, le 07 août 2012

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Commentaires (1)

  • Fumeur invétéré (tant pis pour lui) et diplomate chevronné, Serguei Lavrov n'en est pas moins un ministre des Affaires étrangères aveugle comme une taupe. Il a fait de son pays le plus grand complice d'un régime syrien fou, champion en massacres de son peuple et en crimes contre l'humanité, qui détruit systématiquement la Syrie et son extraordinaire patrimoine, y consolide une longue guerre civile, est l'un des régimes les plus honnis par leurs peuples de l'histoire et qui est fatalement condamné à disparaître. Que restera-t-il pour la Russie comme influence et sauvegarde d'intérêts après la fin fatale et annoncée de ce régime ? Rien à part la haine farouche du peuple syrien, que M Lavrov est en train de tisser à merveille par ses coups d'entêtement.

    Halim Abou Chacra

    03 h 27, le 07 août 2012

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