Les autorités ont expliqué ces pannes au cœur de l’été en accusant plusieurs États d’avoir dépassé leurs capacités autorisées d’approvisionnement sur leur réseau et provoqué un effet domino. Tout cela dans un pays où l’électricité provient essentiellement du charbon en attendant la concrétisation de vastes projets de centrales nucléaires, et où les coupures de courant sont très fréquentes : aux heures de pic de consommation, l’offre est inférieure de 12 % à la demande, selon les chiffres de la commission au plan. En manque de combustible, handicapé par une technologie obsolète et l’attente d’autorisations environnementales pour construire de nouvelles centrales, le groupe public Coal India ne parvient pas à répondre à la demande.
Le pays voudrait faire passer la part du nucléaire dans la production électrique de 3 % actuellement à 25 % d’ici à 2050, mais en attendant, des réformes urgentes sont nécessaires, jugent à l’unisson analystes et entrepreneurs. En tant qu’économie émergente parmi les plus dynamiques, « il est impératif que nos infrastructures de base » répondent aux aspirations des acteurs économiques du pays, a résumé le directeur général de la Confédération indienne de l’industrie, Chandrajit Banerjee.
Selon les analystes, l’Inde devrait faire respecter par des commissions locales d’électricité les quotas de chaque État et améliorer le réseau de distribution pour éviter les situations de crise. Des pénalités financières sont prévues en cas de dépassement des capacités autorisées, mais ces amendes sont aujourd’hui moins onéreuses que l’achat d’énergie sur le marché libre. L’État devrait donc, selon les analystes, augmenter le prix de l’énergie sur le marché réglementé. Sans compter qu’au vu de réseaux de distribution obsolètes, les vols d’énergie par des branchements sauvages sont aussi extrêmement fréquents et seuls de lourds investissements pourraient y mettre fin. Des mesures qui entraîneraient pour le consommateur une envolée de sa facture d’électricité, un gros risque politique pour le gouvernement en place.
Cruel rappel
Le cruel rappel des nombreux efforts encore à fournir s’étalait hier en une des journaux, qui éreintaient de concert les autorités en estimant que les deux jours de chaos électrique avaient suscité la risée à l’étranger. Dans un pays où l’on ne plaisante pas avec le sentiment de fierté nationale, ces unes en disaient long sur l’humiliation ressentie. Ainsi, le quotidien The Economic Times a enterré les rêves de grandeur du pays par ce titre : « L’Inde superpuissance. Repose en paix. » Selon le journal, l’image de l’Inde comme place forte des hautes technologies a pris « une raclée ». The Times of India titrait, lui, sur un laconique « Sans courant et sans idée », avant d’offrir cinq pistes de réflexion, dont le recrutement de régulateurs compétents en remplacement des actuels fonctionnaires à la retraite.
Il moquait également la promotion mardi du ministre de l’Énergie à l’Intérieur, lors d’un miniremaniement ministériel annoncé en plein black-out : « C’est comme changer le capitaine du Titanic après avoir heurté un iceberg », résumait-il.
« C’est une situation très difficile et des solutions devront être trouvées », a déclaré le nouveau ministre de l’Énergie, Veerapa Moily, nommé mardi, lors de nombreuses interviews à la télévision, dont une a été interrompue... faute de courant. « Je ne vais pas commencer le jeu de “c’est la faute à...”. Le gouvernement fédéral et les États devront travailler ensemble sur cela », a-t-il ajouté. « Le fait est que la demande d’énergie est énorme à travers l’Inde, et nous devons essayer de maintenir le rythme avec celui du développement. »
(Sources : AFP et rédaction)


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