Le soir même, le père, Abdelkader, arrivait dans la ville sur une petite colline abritant un cimetière où la tombe de l’adolescent avait été creusée à mains nues par ses camarades. « Mon fils a été touché à la tête et à la poitrine. Je ne savais pas qu’il était mort. Mais j’ai compris quand ses camarades ont parlé de lui comme d’un martyr », raconte le père éploré, un homme de grande taille, à la barbe grise, vêtu d’une longue robe jaune. Il secoue lentement la tête, comme s’il était incapable de réaliser. « Ça allait bien à l’école, mais il a décidé de donner sa vie à la révolution. » Une dizaine d’amis de son fils et d’habitants du quartier tentent de le réconforter. « Il était le premier à monter au combat », assure l’un d’eux. « Le martyr est aimé de Dieu », scandent les hommes en prière, agitant le drapeau vert-blanc-noir de l’insurrection, l’ancienne bannière de l’indépendance syrienne.
Plus loin, la tour de guet d’un poste gouvernemental se découpe sur le soleil couchant, à portée du petit cimetière, mais personne, d’un côté comme de l’autre, ne tire. Dans un petit hôpital contrôlé par l’opposition, la douleur des blessés témoigne des souffrances de la population. Sur les cinq jeunes gens soignés par des médecins et des infirmiers au bord de l’épuisement, quatre sont des hommes d’Assad. « Nous soignons tout le monde, nous, assure un docteur, Ahmad, en remettant son masque chirurgical. C’est notre devoir. » Des combattants rebelles qui ont amené ici les prisonniers blessés restent dans un coin et regardent. « Nous les avons trouvés quand nous avons pris le commissariat de police. Ils avaient été abandonnés par leurs camarades. Nous, on les traite bien », dit l’un des insurgés.
Un jeune soldat gouvernemental, Hamid, se plaint doucement quand les médecins soignent sa blessure à la hanche. Les rebelles le pressent de questions, lui demandent pourquoi il ne les a pas rejoints. « Tous mes amis ont déserté, mais moi je n’en ai jamais eu l’occasion. Nous étions enfermés de crainte qu’on fiche le camp. Maintenant je peux dire aux soldats d’Assad : les traîtres, c’est vous ! » répond Hamid.
Sur un lit, un insurgé blessé au pied s’interroge. « Si les hommes d’Assad nous prennent, ils nous torturent et nous tuent. Nous, on les soigne... Je ne trouve pas ça normal... Mais c’est peut-être mieux ainsi... »
Plus loin, des combattants rebelles regardent la vidéo de l’exécution sommaire d’un milicien pro-Assad. « Il a été abattu puis égorgé. Et je trouve ça bien. C’était un tortionnaire, un criminel », commente simplement l’un d’eux.
Devant l’hôpital, des jeunes agitent des drapeaux pour rendre un dernier hommage à Abdelrahman, l’un des quinze combattants tués dans les combats de mardi. Devant la tombe du jeune homme, Abdelkader tend les bras à un autre de ses fils, dont les yeux sont embués de larmes. « J’avais trois fils, il ne m’en reste plus que deux. Je n’arrive pas à comprendre ce qui s’est passé. Il allait à l’école, il avait à peine 17 ans... »
(Source : Reuters)

