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Culture - Design

Le pop art moyen-oriental de Rana Salam

Après 25 ans passés à Londres, où elle s’est fait un nom dans le domaine du design, Rana Salam a plié bagage, abandonné la grisaille des bords de la Tamise, pour revenir il y a deux ans au pays natal. Là où les couleurs, l’exubérance et l’inattendu sont à chaque coin de rue. Des caractéristiques libanaises qui sont aussi celles de son travail.

Rana Salam veut donner une image plus cool et trendy de l’identité orientale.

L’univers de Rana Salam est un joyeux melting-pot d’images rétro, inspirées de la culture populaire arabe des années soixante, de labels des produits phares de cette même période, de couleurs pop acidulées et de manipulations digitales.
L’ambiance qui règne dans son studio de création en témoigne. Entre les taies de coussins, imprimées de portraits d’icônes de l’âge d’or du cinéma et de la chanson égyptienne, étalées sur le sol (car fraîchement réceptionnées de Londres « où, croyez-le ou pas, l’impression se fait à moindre coût », dit-elle), les poufs sur le même thème entassés dans un coin, l’empilement de cageots vides de différentes marques de boissons gazeuses dans un autre, les lots d’accessoires divers à motifs pop orientalisants (des « covers » de téléphones portables aux services de table en passant par les petits carnets de notes, les broches et bracelets en plexiglas, les serviettes de cuisine et les verres en carton aux effigies de Tahia Carioca ou d’Oum Kalsoum...) posés en vrac sur un présentoir, le minijuke-box, la table de conférence – en fait une table de salle à manger avec ses chaises rescapées des années 50 et dénichées à Basta –, les panneaux-rideaux à motifs « Chicklets Adam » et, « last but not least », la rangée d’ordinateurs sur lesquels travaille son équipe surmontée d’un tableau d’affichage épinglé d’anciennes photos et d’images de magazines, de vieilles cartes postales et de masques de carnaval aux effigies de nos politiciens locaux, on y retrouve tout ce qui fait le style de Rana Salam.


« Machine à idées », c’est ainsi que se définit cette designer, graphiste de formation (elle est diplômée en graphic design de la Central St. Martins et du Royal College Of Arts) mais qui n’a pas voulu limiter sa créativité à un seul créneau, préférant toucher à tout et bousculer, ainsi, aussi bien les frontières entre Orient et Occident que celles qui existent entre les différentes disciplines artistiques.


À Londres, où elle a travaillé durant plus de deux décennies, la jeune quadragénaire s’est aussi bien fait connaître par ses créations graphiques, mobilières, textiles et d’accessoires divers, que par les aménagements de restaurants, les décors d’événements (défilé Paul Smith, vitrines de Harvey Nichols...) ou les ouvrages qu’elle a signés (dont le fameux The Secret Life Of Syrian Lingerie élaboré avec Malu Halasa).

 

Cover de portable, pouf ou verres en carton : des créations

diverses signées Mishmaoul.

 


Icônes rétro et manipulations digitales
En fait, tout a commencé lorsque, étudiante « frustrée par le regard occidental sur le Moyen-Orient – et les questions du genre : “Vous utilisez toujours des chameaux ?” », elle décide, au milieu des années 80, de monter une exposition d’affiches du cinéma égyptien à Londres, pour donner un aperçu de la culture d’où elle vient. L’initiative remporte un vif succès. Elle récidive, en en faisant l’objet de sa première œuvre d’art contemporain, réalisée avec ces mêmes affiches exposées, cette fois, dans les rues de la capitale britannique et rendues visibles sur écrans d’ordinateurs en galerie.
La nostalgie du pays, des racines et de la cuisine libanaise aidant, cette artiste – qui rêvait de devenir chef – va puiser son inspiration dans la culture populaire de sa région natale.


« L’éloignement m’a fait accorder plus de valeur à tout ce qui provenait du Liban, des saveurs de notre cuisine aux emballages des produits orientaux, en passant par toutes sortes d’images et d’objets anodins... » dit-elle. « J’ai commencé à les considérer d’un œil nouveau, un peu occidentalisant. Et, comme j’étais toute imprégnée de l’esprit de liberté artistique acquis durant mes études, je me suis mise à les intégrer dans mes créations, au moyen de l’impression digitale. Inconsciemment, je crois que je me sentais investie d’une mission : donner une image plus cool et trendy de l’identité orientale. »


Une identité qu’elle réinterprète à travers un design ultracontemporain, plein de peps, de fantaisie et d’humour. Un style qu’elle applique autant à la décoration d’un lieu, au graphisme promotionnel et de produits dérivés (comme cela a été le cas pour les séries de cartes postales qu’elle a réalisées pour le lancement de la Galerie Jammel d’art islamique au Victoria and Albert Museum) ou à ses propres productions qu’elle commercialise sur son site Mishmaoul.com.
« Je ne veux pas faire juste du design pour les riches. Je veux que mes produits soient accessibles à tous », affirme Rana Salam qui, même installée désormais à Beyrouth – où, elle est revenue « sur une impulsion purement émotionnelle », alors qu’elle était en pleine reconnaissance professionnelle londonienne –, continue de participer à divers projets à l’étranger. Outre les différents sites de vente où elle commercialise ses produits, elle vient, par exemple, de boucler un livre de recettes pour le compte du « Comptoir » (restaurant libanais branché de la capitale anglaise dont elle a signé, il y a quelque années, l’aménagement) avec le fameux chef pâtissier anglais Dan Lepard et s’apprête à participer à la très hype Design Week Festival en septembre. « En fait, c’est un peu une nouvelle étape que j’aborde dans mon travail, affirme-t-elle. Après avoir contribué, en quelque sorte, à faire connaître sa culture populaire, il est maintenant temps que j’exporte mon pays à l’étranger. »
Sauf que pour cela et pour qu’elle puisse réaliser toutes les créations qui lui trottent en tête, la designer rêve que quelqu’un vienne lui dire : « Tu as carte blanche pour réaliser toutes tes idées, Je finance toute tes productions. » À bon entendeur...

L’univers de Rana Salam est un joyeux melting-pot d’images rétro, inspirées de la culture populaire arabe des années soixante, de labels des produits phares de cette même période, de couleurs pop acidulées et de manipulations digitales. L’ambiance qui règne dans son studio de création en témoigne. Entre les taies de coussins, imprimées de portraits d’icônes de l’âge d’or du cinéma et de la chanson égyptienne, étalées sur le sol (car fraîchement réceptionnées de Londres « où, croyez-le ou pas, l’impression se fait à moindre coût », dit-elle), les poufs sur le même thème entassés dans un coin, l’empilement de cageots vides de différentes marques de boissons gazeuses dans un autre, les lots d’accessoires divers à motifs pop orientalisants (des « covers » de téléphones portables aux...
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