Le long de la route entre Boadella et Pont de Molins, qui traverse cette région de l’Alt Emporda, dans le nord-est de l’Espagne près de la frontière française, alternent des montagnes lunaires et de petites zones préservées : au bord de la rivière La Muga, des étendues vertes feraient presque oublier l’incendie. Mais quelques dizaines de mètres plus haut, le paysage est calciné et dans le ciel, à l’approche de Boadella, les bombardiers d’eau ont repris leurs rotations.
C’est là, dans la partie ouest de l’incendie, que les pompiers concentrent désormais leurs efforts pour éteindre définitivement les derniers foyers. « La situation s’est très nettement améliorée, c’est pourquoi les effectifs ont été réduits. Ils travaillent actuellement sur le dernier foyer qui a brûlé, entre Terrades et Boadella », a expliqué hier une porte-parole des pompiers. Mardi soir, le feu avait déjà été déclaré en « phase de contrôle », après avoir tué quatre personnes, trois Français et un Espagnol, et brûlé 14 000 hectares de végétation. Six blessés étaient toujours hospitalisés hier. L’incendie s’était déclenché dimanche près de la frontière, probablement provoqué par des mégots jetés à terre, selon les autorités catalanes. Poussé par une violente tramontane, soufflant du nord-ouest à 90 kilomètres/heure, un torrent de feu avait alors déferlé sur l’Alt Emporda, avant une accalmie à partir de lundi, à la faveur d’un vent moins fort et d’un air plus humide. Et dès mardi, les flammes avaient disparu et seule de la fumée s’élevait dans le ciel.
Pendant trois jours, 1 500 personnes, pompiers, policiers et militaires, gardes forestiers et volontaires, ont lutté sans relâche, appuyés par des dizaines d’avions et d’hélicoptères espagnols et français. À l’arrivée des flammes, des centaines d’habitants et de vacanciers dans des campings ont été évacués, pendant que les autorités catalanes demandaient aux habitants de 17 villages de rester confinés chez eux. À Pont de Molins, Jordi Novel, le patron du Cafe del Pont, âgé de 53 ans, a recueilli une cinquantaine de personnes dimanche, entre 16 heures et 2 heures du matin, principalement venues du petit village de Molin. Une soirée très tendue, raconte-t-il, avec les femmes et les enfants qui pleuraient. « Comment sera la vie maintenant ? Pour la majorité, ce sera comme avant, mais il y a aussi des cas très graves. Nous traversons une grave crise. Cela va être compliqué pour les subventions. L’administration n’a pas d’argent. Où trouver l’argent ? » s’inquiète Jordi. « La vie continue, la vie normale », assure cependant Frederico Barcalogre, 36 ans, au côté de son amie, Maria Dolorès, 43 ans, qui promène son berger allemand le long de la rivière.
« La vie continue »
Antonio Herder a, lui, presque tout perdu dans l’incendie : son camping de sept hectares et ses 70 bungalows. « La vie continue », assure-t-il pourtant en contemplant l’étendue calcinée et les décombres avec son épouse Mercedes. « Cela a été très rapide, en trois heures le feu est arrivé de la frontière jusqu’ici », se souvient Antonio, un Néerlandais de 69 ans, installé en Espagne depuis 40 ans. Il y a 12 ans, il a ouvert ce camping, « Les Pedres », dans le village de Capmany. « Nous avons tout perdu. Toute notre vie était là », confie Mercedes, les yeux fixés sur l’amas de ferraille, tout ce qui reste des bungalows et des caravanes. Le couple évalue ses pertes à deux millions d’euros. Mais Antonio ne veut pas céder à l’abattement. Il a déjà appelé à la rescousse électriciens et plombiers, pour remettre sur pied l’installation. « Nous devons tout relancer », ajoute-t-il, en espérant « pouvoir ouvrir à nouveau en septembre ». Un objectif qui paraît impossible au vu de ce paysage de désolation.
(Source : AFP)


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