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Moyen Orient et Monde - Éclairage

Aux sources des réseaux d’armes des insurgés

Le Liban, la Turquie et l’Irak serviraient, au même titre que le bassin de la mer Noire, de plaque tournante au trafic.
Le pourtour de la mer Noire, où l’Ukraine, la Bulgarie et la Roumanie détiennent toujours des arsenaux datant de l’ère soviétique, apparaît comme une plaque tournante cruciale pour les réseaux d’approvisionnement en armes et munitions des insurgés syriens qui utilisent également la frontière irakienne comme point de passage.
Des officiers de l’Armée syrienne libre (ASL) et des spécialistes du renseignement maritime notent aussi que les chaînes de réapprovisionnement des insurgés syriens sont fragiles, et que la rébellion ne fait entrer pour l’essentiel que des armes légères. Le financement serait assuré par des Saoudiens et des Qataris fortunés agissant à titre privé, selon une source d’un service de sécurité ; information confirmée par des partisans en exil de l’opposition syrienne. De leur côté, les pays occidentaux et les puissances régionales, s’ils fournissent du matériel de communication, démentent en revanche toute implication dans les réseaux d’armement des insurgés mais les surveillent étroitement afin de repérer leur destination finale et faire en sorte que des armes puissantes, comme des missiles sol-air, ne finissent pas entre les mains de groupes jihadistes.
Trois pays servent de « point d’entrée » sur le sol syrien. « Il y a trois accès par lesquels nous récupérons des armes, et ce n’est un secret pour personne : le Liban, la Turquie et l’Irak », déclare un officier de l’ASL en Syrie. « Les armes qui entrent en Turquie sont acheminées par la mer dans des conteneurs », ajoute-t-il. À Ankara, les autorités, qui abritent des bases arrière de l’ASL et sont en pointe dans la mobilisation diplomatique contre Bachar el-Assad, affirment qu’elles ne fournissent aucune arme à la rébellion et que les ports du pays sont interdits aux cargaisons d’armes à destination de la Syrie. Mais les spécialistes de la sécurité maritime soulignent que tous les ports ne sont pas équipés des systèmes de détection qui permettent de passer au crible l’ensemble des conteneurs débarqués depuis des cargos. Et des responsables turcs admettent que de faibles quantités d’armes et de munitions parviennent à passer le long des 900 km de frontière avec la Syrie, difficiles à surveiller et haut lieu traditionnel de contrebande.

Vieux stocks soviétiques
D’où viennent les armes légères que se procurent les rebelles ? Experts de la sécurité et du renseignement maritime évoquent en premier lieu la région de la mer Noire. « Une des sources se trouve certainement sur le pourtour de la mer Noire », dit ainsi un responsable du renseignement maritime. « Mais nous ne parlons que d’armes semi-automatiques que l’on peut se procurer facilement, librement et à faible coût. Quelques centaines de dollars par pièce », ajoute-t-il. D’après une source de l’industrie internationale de l’armement, une cargaison d’environ 2 000 fusils d’assaut de type kalachnikov et de fusils de haute précision a été récemment acheminée via la Turquie. La Bulgarie, la Roumanie et l’Ukraine disposent encore de stocks d’armes légères de conception russe qui ont été fabriquées sur place à l’époque soviétique.
« L’armée syrienne (régulière) emploie avant tout des calibres soviétiques ou de type Pacte de Varsovie. Et si vous observez l’équipement des forces rebelles, ils tendent à utiliser exactement les mêmes armes que leurs adversaires, ce qui leur permet d’utiliser les munitions et les armes qu’ils parviennent à capturer sur leurs ennemis », explique James Bevan, du Conflict Armament Research, une organisation qui traque les flux d’armes pour le compte de gouvernements et d’ONG. Un ancien des services bulgares le confirme : la mer Noire est la plaque tournante la plus crédible. « Du fait de la réduction graduelle des forces armées et des liquidations d’équipements militaires et de dépôts de munitions en cours en Bulgarie, il est possible d’assurer relativement tranquillement des livraisons d’armes », dit-il. À Sofia, le ministère des Affaires étrangères affirme que les contrôles sur les ventes d’armes sont très étroits et que de telles transactions sont impossibles. À Kiev, les services de sécurité du SBU assurent qu’il en va de même. À Bucarest, le ministère des Affaires étrangères dit également que les moyens existants interdisent toute livraison d’armes vers la Syrie. Mais ces assurances ne convainquent pas les analystes qui soutiennent que les pays des bords de la mer Noire demeurent des carrefours utilisés par les marchands d’armes.

Des mallettes remplies de billets...
L’Irak, qui sort d’un long conflit, est une autre source d’approvisionnement pour les rebelles syriens. L’officier de l’ALS, celui-là même qui reconnaît que la Turquie, le Liban et l’Irak servent de « points d’entrée », précise que les insurgés se sont procuré en Irak des roquettes katioucha et des obus antichars. Les insurgés disposent également de milliers de fusils d’assaut de conception belge, des FN FAL (pour fusil automatique léger) dont la fabrication remonte aux années 1960 et qui furent très répandus dans les armées des pays non communistes. « C’est aujourd’hui une des armes les plus disséminées dans le monde », rappelle James Bevan, de Conflict Armament Research. Des contacts auraient également été noués avec des firmes de sécurité privées d’Afrique du Sud. « Des mallettes remplies de billets de banque circulent. C’est aussi simple et brut que cela, et c’est indétectable », dit une source du renseignement maritime. Le gouvernement de Pretoria surveillerait cependant de très près les exportateurs d’armes et de munitions.
Le 6 juillet, réunis à Paris, la centaine de pays et d’organisations du groupe des « Amis du peuple syrien » sont convenus « d’accroître massivement l’aide à l’opposition » et de leur fournir des équipements de communication. Pas question pour autant de livrer des armes. « Nous ne sommes pas pour la militarisation du conflit », a rappelé le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, lors de la conclusion de cette réunion, tout en constatant une « contradiction » : « D’un côté, si des armes sont fournies, elles alimentent évidemment la militarisation. De l’autre, si les armes ne sont pas fournies, compte tenu de l’inégalité des forces en présence, c’est un avantage donné au régime. Et de fait, ce dilemme est tranché dans la réalité puisque vous savez comme moi que des armes sont fournies à la résistance. »
© Reuters
Le pourtour de la mer Noire, où l’Ukraine, la Bulgarie et la Roumanie détiennent toujours des arsenaux datant de l’ère soviétique, apparaît comme une plaque tournante cruciale pour les réseaux d’approvisionnement en armes et munitions des insurgés syriens qui utilisent également la frontière irakienne comme point de passage.Des officiers de l’Armée syrienne libre (ASL) et des spécialistes du renseignement maritime notent aussi que les chaînes de réapprovisionnement des insurgés syriens sont fragiles, et que la rébellion ne fait entrer pour l’essentiel que des armes légères. Le financement serait assuré par des Saoudiens et des Qataris fortunés agissant à titre privé, selon une source d’un service de sécurité ; information confirmée par des partisans en exil de l’opposition syrienne. De leur côté,...
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