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Le scrutin en Libye, un tremplin pour une « nahda » politique et socio-économique - Portrait

Mahmoud Jibril, homme d’expérience et de consensus

Photo Reuters

Mahmoud Jibril, dont l’Alliance des forces nationales (AFN) se dirige vers une large victoire aux législatives de samedi dernier en Libye, est un ancien consultant international formé aux États-Unis, qui avait abandonné le clan Kadhafi et rallié les insurgés au tout début de l’insurrection de 2011.
Il apparaît aujourd’hui comme une personnalité de consensus, calme et pondérée, aux antipodes de l’imprévisible « guide » Mouammar Kadhafi qui a dirigé la Libye d’une main de fer pendant plus de quarante ans avant de tomber sous les balles des révolutionnaires en octobre dernier.
Fort de la victoire attendue de sa coalition modérée aux élections, Mahmoud Jibril, 60 ans, est de plus en plus cité comme le futur numéro un libyen.
Il n’était pas personnellement candidat samedi dernier, mais c’est son visage qui apparaissait sur les affiches de l’AFN.
Après les élections, il a tenu devant les journalistes un langage d’ouverture et de tolérance, se faisant l’avocat de discussions « honnêtes et sincères » entre tous les partis politiques du pays – ils sont plus de 150 – afin de former une grande coalition.
Et il a souligné que ce n’était pas l’ambition personnelle qui le faisait agir.
« L’AFN est pleine de gens compétents, dans toutes sortes de domaines. Quant à moi, je pourrais simplement jouer un rôle de consultant pour le gouvernement. C’est l’efficacité qui compte, pas le titre qu’on a. »
Dans un pays confronté aux rivalités tribales, il a fait de la réconciliation nationale une priorité. Issu de la tribu des Warfallas, la plus importante de Libye, il a visité toutes les régions du pays pour être à l’écoute de la population.
« Il faut parler face à face avec les gens, qui veulent sentir qu’ils font partie de ce pays, qu’ils ne sont pas laissés pour compte », disait-il à Reuters en février.
Nombreux sont les Libyens qui estiment qu’il a les qualités nécessaires pour relancer l’économie après la stagnation des années Kadhafi et les destructions de la guerre civile.

Développement et sécurité
« Le développement économique et la sécurité, voilà les priorités du peuple libyen », explique Azzedine Aghil, un écrivain qui s’est présenté comme candidat indépendant à Tripoli. « Et les Libyens pensent que Jibril peut répondre à leurs attentes, contrairement aux islamistes. »
Si l’AFN, qui regroupe une soixantaine de partis, apparaît comme une alliance particulièrement progressiste par rapport à ses rivaux, elle rejette toutefois l’étiquette de laïque et préfère se présenter comme un mouvement politique islamique modéré.
« Je suis un musulman convaincu depuis l’âge de 14 ans », a dit Mahmoud Jibril à Reuters, précisant qu’il faisait régulièrement ses prières et qu’il s’est rendu en pèlerinage à La Mecque. « La religion est très importante pour les Libyens, elle fait partie de leur identité. »
Pour Amer Abou Dhaway, professeur à l’université de Tripoli, les Libyens sont rassurés de voir « un homme si différent de Kadhafi, un homme calme. Beaucoup ont voté pour l’AFN uniquement à cause de lui, sans même savoir qui étaient les autres membres de la coalition ».
Sur le plan économique, son expérience internationale devrait rassurer les
investisseurs.
« Jibril a présenté un ambitieux programme de développement », rappelle Bachir Zaabiya, rédacteur en chef du journal indépendant al-Massar. « Il a promis d’élever le niveau de vie des Libyens, une question qui a largement été à l’origine de la révolution de l’an dernier. »
« Certains de ses partisans le pensent capable de faire de la Libye la future Malaisie ou le futur Dubaï de la
Méditerranée. »

« Un stratège »
Mahmoud Jibril a étudié l’économie et les sciences politiques à l’université du Caire avant de poursuivre son cursus à l’université de Pittsburgh, en Pennsylvanie.
Marié, père de quatre enfants, trois filles et un garçon, il a été professeur d’université pendant plusieurs années aux États-Unis avant de regagner Le Caire au milieu des années 1980 pour travailler comme consultant. À cette époque, il a fait de fréquents déplacements dans les pays du Golfe.
« Les sociétés d’aujourd’hui se construisent sur le savoir, pas sur l’idéologie », a-t-il souligné alors qu’on lui demandait de préciser ses positions politiques.
En 2007, il était entré au gouvernement libyen sur l’insistance d’un des fils Kadhafi, Saïf al-Islam, alors considéré comme un réformateur, pour s’occuper du développement économique et des privatisations. Il avait notamment favorisé les investissements étrangers.
Une note diplomatique américaine de mai 2009 le présentait comme « un interlocuteur sérieux qui comprend le point de vue des États-Unis ». Une autre, de 2010, vantait son esprit d’ouverture.
Mais, pour certains Libyens, son passage au gouvernement du temps de Kadhafi ne peut s’oublier aussi facilement.
« Mahmoud Jibril est toujours lié à l’ancien régime. On ne sait rien de ses biens, de ses intérêts financiers, on ne sait pas s’il possède des sociétés », dit Hana al-Gallal, avocate et militante des droits de l’homme.
Dans une interview accordée récemment à Reuters, Mohammad Saouane, président du Parti de la justice et de la reconstruction, émanation des Frères musulmans, a accusé Mahmoud Jibril d’avoir « trompé » les électeurs en se présentant comme un candidat islamiste.
« Jibril ne s’est pas présenté au peuple libyen comme un libéral », a-t-il affirmé. « Les courants laïcs ont bénéficié des révolutions du printemps arabe et ont levé l’étendard des références islamiques (...) les Libyens ont voté pour Jibril car on le considérait aussi comme un islamiste. »
Mahmoud Djibril a rompu avec le régime kadhafiste au tout début de l’insurrection en février 2011. Il a ensuite été le porte-parole itinérant des rebelles, parvenant notamment à convaincre le président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, de reconnaître le Conseil national de transition (CNT) qui coordonnait la lutte contre le régime.
Il avait abandonné en octobre dernier, quelques jours après la mort de Kadhafi, le poste de Premier ministre de l’insurrection.
« Il est habile, c’est un stratège. Et l’Occident l’aime bien », résume un diplomate occidental.

(Source : Reuters)
Mahmoud Jibril, dont l’Alliance des forces nationales (AFN) se dirige vers une large victoire aux législatives de samedi dernier en Libye, est un ancien consultant international formé aux États-Unis, qui avait abandonné le clan Kadhafi et rallié les insurgés au tout début de l’insurrection de 2011.Il apparaît aujourd’hui comme une personnalité de consensus, calme et pondérée, aux antipodes de l’imprévisible « guide » Mouammar Kadhafi qui a dirigé la Libye d’une main de fer pendant plus de quarante ans avant de tomber sous les balles des révolutionnaires en octobre dernier.Fort de la victoire attendue de sa coalition modérée aux élections, Mahmoud Jibril, 60 ans, est de plus en plus cité comme le futur numéro un libyen.Il n’était pas personnellement candidat samedi dernier, mais c’est son visage qui...