Au moment où la troupe s’apprête à prendre position dans cette région mouvementée, la justice libanaise est appelée de son côté à se pencher de nouveau sur le dossier de l’assassinat des deux cheikhs sunnites au Akkar, après que les habitants de la région eurent brandi la menace d’escalade au lendemain de la libération de quelques-uns des éléments de l’armée arrêtés dans le cadre de l’affaire.
À ce propos, le commissaire du gouvernement près la cour militaire, le juge Sakr Sakr, doit se réunir bientôt avec le chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, pour examiner ce dossier et les moyens d’élargir l’enquête de manière à convoquer de nouveau les officiers et les soldats qui ont déjà été relâchés. Même si elle n’a pas encore abouti, cette mesure, arrachée sous la pression de la rue, a eu cependant l’avantage de calmer un tant soit peu les esprits, les habitants du Akkar ayant renoncé momentanément à leur escalade.
Dans la capitale du Liban-Nord, après un sit-in organisé par Saad Masri pour commémorer la disparition de son frère Khodr, mort dans des circonstances inconnues l’an dernier, des éléments armés ont fait leur apparition dans plusieurs quartiers de la ville qui s’est vidée en l’espace de quelques heures. Selon les récits qui circulent à Tripoli, Saad Masri, qui avait des relations plutôt bonnes avec le Premier ministre, aurait décidé de relancer l’affaire en dépit des tentatives de dissuasion déployées par les différents protagonistes politiques afin d’épargner notamment à l’armée d’avoir à intervenir alors qu’elle est déjà mobilisée à la frontière syrienne.
Face à la dégradation quasi générale de la situation sécuritaire, les instances militaires ont réitéré leur exhortation aux responsables politiques les appelant à lever la couverture assurant directement ou indirectement l’impunité aux fauteurs de troubles et à appliquer à la lettre les décisions prises à la table de dialogue afin que les services de l’ordre puissent remplir leur tâche et réagir fermement aux débordements.
Des sources sécuritaires ont d’ailleurs fait part de leurs craintes d’un plan qui viserait l’armée et son prestige en la transformant en un simple agent de la circulation. Les peurs exprimées à ce propos concernent également le risque de voir l’armée confrontée à des groupuscules et des acteurs divers de la rue sunnite. Les sources estiment notamment que les incidents qui ont accompagné l’affaire de Koweikhate, tels que le blocage des routes et les défis lancés à la troupe au niveau des barrages par des éléments armés, sont susceptibles de créer un état sécuritaire précaire qui mettrait dans l’embarras l’institution militaire dont les officiers et les soldats hésitent désormais de prendre des initiatives de crainte d’être traînés devant la justice.
C’est ce qui a poussé le commandement de l’armée à demander aux politiques de joindre l’acte à la parole et de soutenir la troupe et les forces de l’ordre en leur donnant le feu vert pour agir, contrôler la sécurité et ramener l’ordre dans le pays.
Une source ministérielle n’a d’ailleurs pas manqué de relever l’importance de restaurer le prestige de l’État et sa force de frappe, en rappelant que l’armée reste la colonne vertébrale du système et l’institution qui garantit la pérennité de l’État.
C’est ce qui explique la décision du Premier ministre de tenir une réunion élargie après son retour de vacances pour examiner la situation sécuritaire à la lumière notamment des données alarmantes qui font état d’un plan externe visant la stabilité et la sécurité au Liban. Le plan aurait pour objectif de faire pression sur l’Occident en ce qui concerne la Syrie de manière à le pousser à un règlement de la crise conformément à la vision propre de Damas.


L'attente... est mère de somnolence ...(proverbe corse)
01 h 32, le 15 juillet 2012